lundi 30 mars 2015

Pourquoi faut-il arrêter d'utiliser le mot "victime" comme une insulte ?

Ces derniers temps, mon attention a été souvent attirée vers un phénomène, notamment chez les adolescents, dont j'aimerais vous parler aujourd'hui.
L'idée de la "victimisation".

On parle de victimisation quand une personne se plaint, se "porte en victime" : elle dénonce une action faite contre elle, en désignant l'autre personne comme le bourreau (le terme "bourreau", cependant, est rarement utilisé), et elle comme la victime de cette action. Ceci est souvent fait dans le but de faire cesser ladite action.

Dans notre société, il est très mal vu d'être victime. Dans certaines communautés sur Internet (tumblr, notamment), on préfère parler de survivor pour parler des victimes du viol, par exemple.
Vous n'êtes pas des victimes, vous êtes des survivors.

Être une victime est désormais un terme péjoratif, presque un tabou. Même en ayant subit des choses horribles, on ne peut plus se considérer comme une victime.
Non, il faut se bouger, se reprendre, ne pas s'apitoyer, prendre ses responsabilités, et j'en passe et des meilleurs.

Vous voyez, lorsque vous êtes en dépression, lorsque vous n'arrivez pas à voir des gens, à avoir des projets, à faire des activités, à suivre vos cours, etc ? Il y a toujours un pécore pour vous dire "mais il suffit de te reprendre, c'est rien une dépression ! J'avais une amie dépressive, ben elle s'est bougé le cul et maintenant elle est guérie !"
C'est un peu le même principe.



On essaie de vous faire croire que rien n'est grave, que votre vie est normale, que personne ne vous a jamais rien fait et que c'est vous qui êtes nul et fragile, à dénoncer les autres comme ça.

Je ne trouve pas ce principe très sain. Je pense qu'il est bon de savoir reconnaître lorsque nous sommes victimes de quelque chose, que ce soit d'un événement (viol,...), d'une personne (pervers narcissique,...) ou d'un système (harcèlement,...).
Il est important de savoir se ménager suivant ce qu'il nous arrive. Lorsqu'on est enrhumé, on boit un bon thé chaud. Lorsqu'on a la grippe, on prend des médicaments. Lorsqu'on a nos règles, on prend un antidouleur ou on reste assise.
Lorsqu'on est dépressif, on prend des antidépresseurs.
Et lorsqu'on est victime de quelque chose, on se ménage en conséquence.

Si vous êtes victime d'un viol, par exemple, si vous suivez cette idée de "il ne faut pas se placer en victime", vous aller vous taire, prendre sur vous, et même vous culpabiliser en vous disant "je n'aurais pas dû mettre cette robe, je n'aurais pas dû le draguer, je n'aurais pas dû boire, etc".
Est-ce vraiment une bonne chose ?
Si vous êtes victime d'un pervers narcissique, si vous avez peur de passer pour une victime, vous allez vous dire "il a raison, c'est ma faute, je suis nul, etc". Et si vous vous rendez compte que l'autre personne est un pervers narcissique et que vous décidez de ne plus l'écouter, c'est cool. Mais si vous vous persuadez que vous n'avez pas le droit d'être une victime, vous passerez votre vie à vous dire que rien ne s'est passé alors qu'au fond de vous, vous êtes détruit. Et vous continuerez à vous flagellez tout seul pour ne pas être assez courageux, pour ne pas être équilibré, alors que le simple fait d'avoir été victime de quelque chose peut expliquer tout ça.

Vous considérer comme une victime peut vous aider. Ça peut expliquer vos traumatismes, vos failles, vos soucis, vos faiblesses.

Dans mon article sur les personnes toxiques, j'expliquais qu'une fille m'avait dit que je me portais en victime par rapport à mon copain, et que ce n'était pas très correct étant donné ce que je lui avais fait (sortir avec deux mecs, donc, ce qui dans notre société monogame (ou dans son cerveau étriqué) est très très grave).
J'avais donc été violée, mais je ne pouvais pas être victime.
V-i-o-l-é-e.
Mais j'ai choisi de continuer. Oui, j'étais une victime, j'avais subi quelque chose de grave. Et le fait de savoir que j'étais une victime m'a aidée à comprendre pourquoi j'étais en colère, pourquoi j'ai des problèmes de couple, pourquoi ma sexualité est perturbée, pourquoi j'ai davantage peur des hommes qu'auparavant, etc.
Si je m'étais dit "prends tes responsabilités, ce n'est rien, c'est arrivé et c'est tout", je passerais mes journées à me détester pour être si colérique et agressive, pour me méfier de mon copain, pour avoir des problèmes de libido. Je me dirais que je ne suis pas normale et je me détesterais. Mais à la place, j'ai l'explication, et ça me permet de me pardonner et d'être plus sereine envers moi-même.

Être une victime, ce n'est pas péjoratif.
Être un bourreau l'est.
Mais subir, ce n'est pas un reproche.
Ça ne veut pas dire que vous êtes faible, que vous êtes nul, que vous ne savez pas faire face.
C'est reconnaître que vous être opprimé et que ça peut vous freiner.

Vous avez le droit de ne pas vous considérer comme une victime. Vous avez le droit de préférer le terme survivor.
Mais ne laissez jamais personne décider pour vous.
Si vous êtes blessé, vous avez le droit de ne pas l'accepter et de le reconnaître comme tel.

Personnellement, quand on me dit "tu te fais clairement passer pour une victime", j'entends "tu n'as pas le droit de reconnaître que tu as vécu quelque chose d'anormal". Et je pense que je n'ai pas tout à fait tort.
Si c'est mon bourreau qui me dit "tu te fais passer pour une victime" (et c'est ce qui arrive le plus souvent, genre, après mon article sur les personnes toxiques, quel drôle de hasard), je prends ça pour un encouragement en plus à "me faire passer pour une victime".
Parce que personne ne veut reconnaître qu'il a été un bourreau. Vous savez, "les gens ne sont pas contre vous, ils sont pour eux-mêmes", tout ça tout ça...

Pour résumer, il est important de modifier le statut du mot "victime" dans notre quotidien. Ne plus en faire une insulte, mais la reconnaissance d'un état.
Il ne nous résume pas (j'ai été victime, mais je ne suis pas Canalis la Victime, pour faire court), ne nous diminue pas, mais nous aide à nous comprendre, à éprouver de la compassion pour nous-même, et finalement à entamer le bon processus pour aller de l'avant et se sentir mieux.

Ne soyez pas passif, mais reconnaissez vos blessures pour mieux les soigner.


9 commentaires:

  1. Purée, merci. Juste MERCI pour cet article !

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  2. Ta conclusion est très juste: il faut savoir reconnaitre ses blessures pour les soigner.

    J'ai moi aussi été une victime...(d’attouchement et j'ai essuyé une tentative de viol) et je le vis très bien... Parce que j'ai accepter d'être une victime et j'ai aussi décidé que ce "statut" ne régirait pas ma vie. Accepter ce fait c'est déjà se permettre d'aller plus loin et faire un pas en avant. Et je ne suis pas une personne déséquilibrée.

    C'est vraiment un bel article qui remet l'église au milieu du village.

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    3. (Maintenant je réponds à Cari)

      Je suis vraiment admirative par rapport à ce qu'il t'est arrivé et le courage que tu as, de vivre avec la personne concernée et de rester zen.

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  3. Les pervers narcissique, toute une histoire hein ? :p
    Je ne commente pas habituellement bien que je te suive avec tout le dévouement dont je suis capable haha, mais là j'ai choisi de le faire car tu abordes le sujet des pervers narcissique dans quelques phrases et ça m'a fait bondir !
    Peut-être me reconnais-tu, peut-être pas mais en tout cas si tu m'as oubliée, tu n'as pas pu oublié toutes celles que j'ai été. Malgré tout ce que j'ai fait et le fait que cela soit réellement blâmable, je n'arrive pas à me mettre dans la peau d'un bourreau.
    Quand on est jeune, fragile, différent, on essaie de s'adapter et de redevenir normal et comme les autres. Mais soyons honnêtes, personne n'est comme les autre. Hélas, je ne pensais pas comme ça à cette époque, je pensais comme pensais les gens qui passaient pour normaux et j'avais bien compris qu'à leurs yeux j'étais en tort.
    Je ne sais pas ou du moins je ne sais plus si j'étais réellement en tort mais au fond, j'étais à ce moment là victime et je culpabilisais parce que pour tous ceux qui m'entouraient, c'était de ma faute. Alors j'ai tout fait pour devenir comme eux, et comme ils étaient excécrables avec moi, j'ai appris à l'être parce que c'était ce que je pensais normal, donc bien.
    Enfin bien... Visiblement non, puisque que c'est l'élément déclancheur de ma sociopathie. Être gentille avec eux les avaient poussé à me haïr, et quand j'avais partagé leur haine, je n'avais fait qu'attiser leur méchanceté. J'en ai donc conclut que puisque quand j'étais comme eux ils me détestaient, il fallait que je sois comme eux pour qu'ils m'apprécient.
    C'est là que j'ai commencé à manipuler allègrement les uns et les autres pour arriver à mes fins et que je me suis inscrite sur un forum pour entrer dans d'autres corps, manipuler d'autres gens. C'était sans compter sur l'affect qui m'a rattrapé et qui m'a trahie.
    Je me perdais, je voulais dire qui j'étais mais en le faisant je me serais à nouveau faite haïr et ça c'était pour moi inconcevable. Alors j'ai attendue d'être démasquée pour tout avouer, et je ne m'étais pas trompée, on m'a haïe.
    Au début, j'ai continué. Mais quand on m'a entre guillemets démasquée dans la vraie vie, j'ai décidé de redevenir celle que j'étais avant tout ça et de recommencer une vie ailleurs, là où je n'avais ni la réputation de ex boloss et surtout de sale mytho.
    Je suis retombée dans l'anonymat et étant une petite anonyme sans importance, j'ai osé être qui j'était. Et j'ai compris que pour la première fois de ma vie, on me trouvait géniale pour celle que j'étais et non pas pour celle que j'avais inventé. Alors j'ai enfin compris que plus qu'une ex boloss, j'étais une ex pervers narcissique.
    Je ne suis plus la même, ni dans le corps ni dans l'esprit et maintenant j'ose en parler. Pas avec n'importe qui, mais tu n'es pas n'importe qui. Tu es plus ou moins celle qui a fait de moi celle que je suis et ça je t'en serais éternellement reconnaissante. Parce qu'en continuant comme avant, j'aurais toujours été rejetée partout.
    Maintenant, je ne suis pas cette fille que tout le monde aime et qui a absolument tout mais je suis une fille fière de ce qu'elle a et de la façon honnête et droite dont elle l'a obtenu. Peut-être que tu me détestes ou peut-être que ce n'est pas le cas, mais si ça l'est au moins tu auras lû ça et tu me verras différemment.
    xxx - Luna

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    1. Je me souviens de toi, et je comprends ce que tu ressens. Je comprends pourquoi tu as fait tout ça et non, je ne te déteste pas, loin de là.
      Je suis réellement heureuse de voir que tu te sens mieux à présent, que tu as davantage confiance en toi et en celle que tu es réellement, et que tout ça soit derrière toi.
      Continue d'être toi-même, c'est tout ce que je te souhaite <3

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  4. Saut, je débarque sur ton log suite au bons conseils d'une amie et là je tombe sur cet article (le premier d'une longue lecture !)
    Chapeau ! C'est également ce pouruqoi je me bats : il faut arrêtez de culpabiliser les victimes.
    Très bel article, bien écrit et percutant !
    Je vais continuer de te suivre, merci merci merci :)
    C.

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