vendredi 23 janvier 2015

Sweatshop : A chaque achat vestimentaire, nous encourageons l'injustice

Souvent, nous sommes confrontés à certains problèmes présents dans ce monde : la misère, les massacres de population, etc. On en entend parler mais comme nous ne sommes pas vraiment acteurs, nous finissons vite par ne plus trop y penser. Bien que le fait justement de savoir que nous n'y pouvons rien nous permet d'en parler plus souvent.
Et à côté de ça, nous entendons parler de massacre animal, de maltraitance des employés dans les fabriques de vêtements (honnêtement, on sait tous que "made in china" veut dire "il y a baleine sous gravillon"), et c'est bien parce que nous pouvons changer quelque chose que nous préférons moins nous offusquer à voix haute.
On a une très bonne notion du bien et du mal, on sait que ceux qui cousent nos superbes robes galaxie de chez H&M ou nos jupes Vichy de chez Hell Bunny ne font pas la fiesta tous les jours mais...il est tellement plus confortable de continuer d'acheter ce qu'on veut, de se faire plaisir, et d'en oublier les conséquences.
Quand on est végétarien, on se rend compte d'une chose : on vote tous les jours. Matin, midi et soir.
Et pour l'industrie textile, c'est pareil. Chaque fois que vous achetez une fringue, vous votez.

Il y a encore une semaine, acheter mes vêtements de façon responsable était le cadet de mes soucis. On en avait parlé toute l'année en cours d'anglais, donc j'avais eu une petite piqûre de rappel sur le sujet, mais on
n'avait rien vu en profondeur et je ne m'étais donc pas vraiment rendue compte de la gravité de la situation.


Sweatshop


Récemment, j'ai vu un reportage sur les "sweatshop", ces magasins vendant, justement, des vêtements pas trop chers, mais derrière lesquels justement se cache une foule d'horreurs.
Ce reportage est séparé en 5 vidéos de 11 minutes où on suit trois blogueurs norvégiens : Frida, Ludvig et Anniken. Tous trois sont habitués aux magasins de fringues et achètent régulièrement (sauf Anniken qui reçoit tous ses vêtements gratuitement, son blog étant le plus lu en Norvège). Ils savent que la vie des employés "n'est pas bien" mais ils passent outre.

On n'a pas forcément 50 minutes devant nous et ça paraît toujours très long et ennuyeux, mais essayez au moins de regarder la première vidéo. C'est très court, et ainsi vous pourrez juger par vous-même si vous continuez ou pas.
Le reportage est sous-titré en anglais. Le fait de tout voir écrit rend la compréhension beaucoup plus facile qu'en anglais oral. Mais je vous écris un résumé du reportage en dessous, pour les non-anglophones et les flemmards (pas de jugement, je comprends).
Sweatshop ep 1 : How many will die here every year ?
Pour voir la suite, il suffit de cliquer sur les vidéos en dessous du premier épisode.



D'abord, on nous présente Frida, Ludvig et Anniken. On voit leur portrait en tant que blogueurs, leur rapport aux fringues, on comprend qu'ils viennent de milieux très aisés (Ludvig, par exemple, ne porte pas tous les vêtements qu'il achète, car trop acquis sur un coup de coeur).
Ils arrivent au Cambodge et visitent le marché local. Première chose qu'ils constatent : les vêtements sont souvent déjà portés, vieux, usés, et viennent généralement de collections que les trois blogueurs ont pu voir en Norvège deux ou trois ans auparavant. Tout est très peu cher, il y a de la poussière partout...
Ils peuvent observer les employés et ouvriers se rendre au travail serrés comme des sardines dans des camions.


Une maison cambodgienne aussi grande qu'une salle de bain française

Ils rencontrent Sokty, jeune employée qui coud des vêtements pour Mango toute la journée. C'est chez elle qu'ils vont passer une nuit. Ils découvrent sa maison qui s'avère être minuscule. "Sa maison entière est plus petite que notre salle de bain", pouvons nous comprendre. Personnellement, sa maison fait la moitié de ma chambre actuelle, voire moins. Je pense que ça veut tout dire.

Elle explique qu'elle paie sa maison 130$ par mois, tous frais inclus (115€). Elle travaille tous les jours, même le dimanche, de 7h du matin à 18 ou 20h (ce qui fait 11 ou 13 heures de travail par jour).
Ils se rendent dans un magasin Mango. Sokty explique que tout est si cher, plus cher même que le loyer de sa maison (30$, soit 26€) ou le prix de ses repas pour un mois entier.
Elle explique ensuite qu'elle paie maximum 2$ (1,77€) pour ses vêtements et qu'elle fait du shopping maximum deux fois par an (ce qui fait 4$ par an). Elle montre ensuite une veste. C'est elle qui l'a cousue, mais il lui faudrait un an de salaire pour se l'offrir.
Elle les emmène ensuite dans un magasin local où elle achète cinq fringues "pour le prix d'une sucette" (1,75$ le tout, soit 1,55€).

Ils se rendent ensuite à nouveau dans la maison de Sokty où ils devront dormir pour la nuit (le reste sera à l'hôtel). Leur comportement est cool : ils savent que c'est mieux à l'hôtel, mais ils veulent vivre l'expérience pour apprendre.
Ils mangent donc sur le sol avec Sokty (qui leur apprend pendant le souper qu'elle a dû abandonner son rêve de devenir docteur pour travailler dans une fabrique, et que non, contrairement à ce qu'on peut croire à cause de nos films hollywoodiens, la misère ne l'a pas rendue heureuse, merci, au revoir).
Ils dorment ensuite à côté d'elle, sur le sol de la maison.


Une journée de travail typique.


Ils se lèvent le lendemain à 5h30 pour aller travailler comme un employé cambodgien normal.
On commence déjà à entendre les premières phrases de "dédramatisation" : "elle est habituée, elle a vécu ça toute sa vie, elle ne sait sans doute pas ce que c'est d'avoir une vie normale".
Lorsqu'ils arrivent à la fabrique ils ne savent pas tout de suite qu'ils vont rester là toute la journée. Ils voient un peu ce que représente le travail à la chaîne : la pression, la fatigue, le manque de pauses. Si tu ne travailles pas assez vite, tu ralentis tout le monde.
La qualité du lunch est abominable, il y a des mouches sur le poisson et des "larves" dans la salade (est-ce des légumes ou vraiment des larves ?), tout est de très pauvre qualité mais tout le monde s'en accommode.
Frida explique que pour ce boulot, elle aurait dû être payée 20€ par heure. Ce jour-là, ils travaillent 8 heures (au lieu de 11 ou 12 pour les autres). Un rapide calcul suffit pour estimer le salaire normal à 160€ par jour. Donc 4200€ par mois.
Verdict, 3$ par jour, soit 90$ par mois (80€ par mois).
Ludvig explique que cette fabrique est la seule qui les a laissé entrer pour "tester" le métier. Les autres ont carrément refusé de les laisser voir.


9$ pour un repas chaud de 19 personnes


Le lendemain, lorsqu'ils se lèvent à l'hôtel, ils trouvent des consignes scotchées sur le miroir du salon : avec les 9$ qu'ils ont gagné la veille (3$ chacun), ils devront trouver à manger pour un repas chaud pour 19 personnes, des brosses à dent et un dentifrice (les leurs leur ont été confisqué pour l'exercice).
Je ne vous surprendrai pas en vous avouant que l'entreprise est un échec : les ingrédients au supermarché sont beaucoup trop cher et ceux du marché local de trop mauvaise qualité et sales (souvenez-vous des mouches).
Ils finissent par cuisiner des légumes trempés dans de l'eau, tentative de soupe, prennent le dentifrice mais laissent tomber pour les brosses à dent.

160$ par mois


Le dernier jour, ils entendent parler des manifestations ayant lieu dans les rues. Les habitants veulent un salaire fixe de 160$ par mois (142€), car le salaire mensuel moyen est de 100$ (89€). Même si les manifestations sont pacifistes, les autorités dissuadent vite les activistes en les battant jusqu'à ce qu'ils tombent à terre.
Les blogueurs rencontrent quelques employés qui parlent de leur vie, leur travail. Certains cousent la même manche, en boucle, depuis 14 ans, d'autres (si pas tous) n'auront jamais eu d'éducation faute de moyens, une autre raconte que sa mère est morte de faim parce que son salaire ne lui permettait pas de se nourrir et de nourrir sa fille.

Les trois blogueurs sont choqués. Ils se rendent finalement compte qu'il n'est pas question "d'habitude" dans cette situation.

"Je sais que vous vous rendez compte que votre situation est affreuse. 
Mais vous ne vous rendez pas compte à quel point elle l'est vraiment." -Anniken



5,5% des richesses mondiales partagées entre 80% de la population


Cette même semaine, j'ai appris que 50% du total des richesses mondiales appartenaient à 1% de la population.
Et que le reste ne se partageait pas les 50 autres, non. 20% de la population restante détient 45%.
Ces 20%, c'est moi, vous qui me lisez, mon copain, mon ex, ma mère, même mon père au chômage, toute personne avec un toit sur sa tête et suffisamment à manger. Ça, c'est nous.
Les 80% de la population restante doivent se partager 5,5%.

Et ça, c'est vraiment grave. Par notre inaction, on vole leurs richesses.
En achetant des vêtements fabriqués en Chine, en Thaïlande, au Bangladesh, au Cambodge, on dit aux entreprises "c'est ok ce que vous faites, votre exploitation, vos crimes, la preuve : j'achète !"
On vote chaque fois qu'on paie pour un vêtement : Je suis d'accord pour que les marques paient des gens 3$ par jour, je suis d'accord pour qu'ils vivent dans des maisons affreusement petites, parce qu'acheter du made in England, acheter éthique, c'est un peu moins facile à trouver et plus cher. En fait, je refuse de donner un peu plus d'argent pour que d'autres personnes en reçoivent plus.

C'est ça, ce qu'on fait chaque jour.

Prise de conscience


Maintenant que je suis réveillée, je ne veux plus faire partie de ça. Je suis prête à payer plus cher et donc à acheter moins. Je suis prête à renoncer à des vêtements adorables sur lesquels je bave depuis des années (je pense à une robe Hell Bunny que je n'ai finalement jamais achetée, à toujours reporter), parce que je n'ai plus envie d'être si égocentrique.
Qu'est-ce que ces difficultés signifient par rapport aux difficultés qu'eux rencontrent ? Rien. Bagatelles.

Je suis heureuse d'avoir vu ce reportage parce qu'il m'aura aidée à être plus responsable.
Ces gens qui habitent si loin ne sont pas là pour moi. Ce ne sont ni mes esclaves, ni les vôtres. Ce n'est pas parce qu'ils sont pauvres qu'ils souffrent moins que nous, qu'on a le droit de les exploiter sous des excuses bidons.

Je vais commencer mes recherches pour trouver des alternatives. J'ai déjà trouvé une marque de fringues type pin up où les vêtements sont fabriqués en Angleterre, et j'espère en trouver des tonnes d'autres.
Je vous écrirai sans doute un article prochainement pour vous donner des idées et des conseils pour y parvenir, vous aussi.


J'espère que mon article vous aura touché et fait réfléchir comme ce reportage m'a fait réfléchir.
Je vous souhaite un excellent week end.
Des baisers,
Canalis



2 commentaires:

  1. Oh, c'est top si tu fais un autre article, je me demande souvent où acheter des vêtements éthiques !
    Parfois je me pose la question "dans quelles conditions sont fabriqués les vêtements de cette marque ?", mais c'est vraiment pas facile de trouver les informations.
    On connaît tous certaines marques "mauvaises" avec les scandales qu'il y avait pu avoir, certaines marques éthiques sont connues (et souvent hors de prix), mais il reste 80% des marques où... c'est le flou.

    Merci pour l'article et le partage du documentaire, ça me conforte un peu plus dans l'idée qu'il faut VRAIMENT faire des efforts, même sans être parfait, limiter les achats de marques non éthiques pourrait faire bouger les choses si on s'y mettait tous.

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    1. J'ai écrit l'article dans la matinée, il sera posté ici demain, justement :D

      En fait généralement, la zone de fabrication veut tout dire. Personnellement c'est mon truc. Tiers-monde ? Sweatshop ! Europe/USA ? Safe !

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