jeudi 18 décembre 2014

"Vous voulez dire que vous ne pouvez pas vous passer de sexe pendant une semaine ?"

J'avais déjà entendu parler de cas de gynécologues fort peu sympathiques : culpabilisants, bourrés de jugements, avançant des avis subjectifs ("non mademoiselle vous ne pouvez pas demander une ligature des trompes, vous n'avez que 22 ans et c'est trop jeune pour décider si vous voulez des enfants ou non", PAR EXEMPLE) (si on vous dit ça, changez de gynéco ; ils ne peuvent pas vous refuser quelque chose sous couvert d'une chose aussi peu objective que "lol tu verras quand tu seras grande lol") et parfois légèrement bourrins dans leur façon de te faire un frottis de dépistage.

Jusqu'à présent (en trois ans, donc), je n'avais jamais eu de problèmes. J'avais fait face à trois gynécologues différentes et elles s'étaient toutes montrées adorables, professionnelles, douces et sans aucun jugement sur mes habitudes (quand on a deux copains, on apprend à apprécier ce genre de choses).

Puis, il y a eu aujourd'hui.

J'avais dans l'optique de changer de type de pilule contraceptive pour passer à une pilule continue. Avoir mes règles tous les trois mois ne me suffisait plus, je ne voulais plus les avoir du tout.
Avec un peu de retard, je finis par prendre rendez-vous au planning familial où j'ai l'habitude d'aller. Ma gynécologue habituelle (que j'aime d'un amour pur et passionné, même si elle a toujours l'air d'être sur le point de pleurer, je ne sais pas si c'est parce que je fais trop de conneries ou si c'est à cause de l'état de ma paroi vaginale mais je n'ai pas osé demander) (pardon mamie) n'étant pas disponible, on m'en propose une autre que je n'avais jamais eue.
Comme j'avais confiance en ce planning (deux gynécologues chez qui j'avais eu des consultations travaillaient là), ça ne m'a pas posé problème.

Ha ha ha, douce erreur.

Ce matin, j'arrive donc au planning, on me fait patienter, la gynécologue arrive et me fait entrer dans son local.
"Pourquoi venez-vous ?
- J'aimerais changer de pilule, j'aimerais prendre une pilule en continu.
- Vous ne voulez plus avoir vos règles ?
- Non.
- Pourquoi ?"

Déjà, gros stress en moi. Je me demandais s'il ne fallait pas un motif en béton pour passer à une pilule pareille (spoiler alert : non) et de motif en béton, je n'en avais guère. J'ai commencé à baragouiner mes motifs, comme quoi ça m'handicapait au quotidien, me frustrait, était un poids mort pour moi, et me gênait dans ma sexualité.

"Votre sexualité, comment ça ?"
Je crois que ma gynécologue n'a jamais essayé de s'adonner aux plaisirs de la chaire avec une hémorragie dans l'utérus.

"Ben, ça rend tout un peu plus compliqué, c'est frustrant, vous comprenez ?"
Et là, merci mesdames et messieurs, elle a ri nerveusement :

"J'ai du mal à comprendre...excusez-moi, mais c'est la première fois qu'on me demande ça. Vous voulez dire que vous ne pouvez pas vous passer de sexe pendant une semaine ?"

Plusieurs options dans mon esprit :
1) Et vous madame ?
2) Une semaine ? Mais vous voulez me tuer ?
3) Je suis un lapin, que voulez-vous.
4) Quand j'ai mes règles j'ai deux mecs qui sont en deuil PASSE MOI CETTE PILULE !
5) Je tiens pas 24 heures, ne me poussez pas à bout.
6) Donne. Moi. Cette. ordonnance.

A la place, j'ai dit :
"Non, pas vraiment."
(Le courage.)
"Vous avez une nouvelle ou ancienne relation ?
- Un peu des deux. J'ai deux partenaires.
- Un partenaire fixe et l'autre...?
- Deux partenaire fixes.
- Et vous êtes un peu au courant de comment ça se passe ? Vous vous protégez ?
- On a fait des tests de dépistage, on n'a rien.
-Ah, parce qu'ils sont au courant ?"

Non Madame je suis une vilaine menteuse qui sait pas se passer de cul et qui trompe son copain comme tu as l'impression de me voir depuis le début de cet entretien ABOULE LA PILULE !

J'ai eu ma pilule.
Mais je suis en colère.


Un gynécologue a tout à fait le droit de vous poser des questions sur votre sexualité pour pouvoir mieux conseiller ou vous aiguiller, et vous êtes en droit de refuser de répondre ou non. Mais il n'a pas le droit :
- De rire de vos réponses comme si elles étaient absurdes ou que vous étiez stupides.
- De porter un jugement sur votre sexualité ("Vous ne pouvez pas vous passer de sexe pendant une semaine ?")
- De faire passer votre situation comme marginale pour vous faire culpabiliser ("C'est la première fois qu'on me demande ça").

Ce qui me choque d'autant plus dans cette histoire, c'est mon âge.
A 19 ans, on sort à peine de l'adolescence, on est souvent gênée de parler de sa sexualité, on peut même encore se poser des questions : est-ce que ceci est normal ? Est-ce que mes habitudes sont normales ? Est-ce que je ne vais pas passer pour une salope ? Et autres.
Honnêtement je m'estime comme chanceuse d'avoir été au courant de ce genre de tendance chez les médecins. Tout était très clair dans ma tête, je savais que ces questions n'étaient pas normales et ces commentaires non plus. Si je n'avais pas ma pilule, j'aurais été voir un autre médecin plus compréhensif, voilà tout. Pas de panique.
Et heureusement, parce que si j'avais été moins sûre de moi, je me serais sans doute ratatinée sur ma chaise.
Je faisais l'amour souvent et avais du mal à m'en passer ? Quelle honte !
Et que dire si elle connaissait mon rythme de masturbation ? Je savais que si dans le test de la semaine dernière les options s'arrêtaient à "une fois par semaine" c'était parce que j'avais un problème ! Je dois être nympho et anormale, merde, je suis ridicule, que faire ? Je suis dégueulasse !

Ben non.
J'aime le sexe, j'aime me faire plaisir, je fais l'amour plusieurs fois par semaine et me masturbe tous les jours. C'est mon corps, ce sont mes goûts, je fais ce que je veux avec ma sexualité et si ça lui pose un problème, elle peut aller se faire pendre ailleurs.
Point.

PS : Je vous invite à consulter cet article très intéressant sur l'entretien chez le gynécologue et le rapport objectivité/subjectivité qui a parfois lieu lors de la question de la contraception.

Vous aimez le blog ? Venez faire un tour sur la page Facebook de Vaste Blague ou n'hésitez pas à faire un tour sur les autres réseaux sociaux en cliquant sur les bouton dans la colonne de droite :) Des baisers !

26 commentaires:

  1. Bah moi, j'ai des pilules continues à cause de mes trop fortes douleurs pendant mes règles, c'est la gynéco elle-même qui me les as suggérées, je n'y avais même pas pensé par moi-même n'ayant pas particulièrement de rapports intimes. Par contre, j'ai toujours mes règles (très bizarre) mais sans les douleurs. Bref, c'était un aparté rien à voir sur le fond de ton article. Par contre, effectivement, parfois, on ne sait pas toujours quelles sont les limites du personnel médical par rapport à notre vie, notre intimité...très intéressant ton article.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A première vue ça dépend des pilules progestatives. Certaines font juste barrage sur les spermatozoïdes mais d'autres ont une dose plus forte d'hormone et empêchent également l'ovulation (comme la mienne). La gynéco m'a dit que j'allais sans doute avoir quelques règles irrégulières qui vont s'estomper jusqu'à disparaître. Du coup je croise les doigts.

      Supprimer
  2. T'as parfaitement raison ! Y'a pas de mal à se faire du bien comme on dit !
    Perso j'aime bien ma gynéco (ouais ça fait un peu bizarre de dire ça) mais je n'ai jamais parlé de sexualité avec elle. Je sais pas trop pourquoi, pourtant j'arrive assez facilement à en parler avec des inconnues LOL
    Bon le principal c'est que tu ai eu ta pillule ^^

    Bisous !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Généralement quand elles me posent des questions je leur répond, donc il m'est arrivé de parler sexualité avec mes gynécos, mais ça s'est toujours bien passé (même si j'étais gênée lorsque j'avouais ne pas avoir été très responsable, tout ça)

      Supprimer
  3. Mais de quoi elle se mêle celle-là? Elle a pas à te juger!

    Pereso j'ai du changé de gynéco car mon mien, un monsieur très bien (c'est lui qui a pris la décisuion d'opéré ma mère en urgence pour me faire sortir de son bidou!) hyper ouvert d'esprit et très simpas est tombé très malade.
    J'ai donc du avoir un remplaçant.
    C'est pas un type bourru dans la manière de faire . Mais quand tu viens pour la prescription de ta pilule qu"il te regarde en te demandant pourquoi t'es là et que quand il voit ton âge, tu lis dans sa tête "l'est p'tèt temps de faire des gosses..." tu te sens un peu mal . Mais a part ça il n'a pas ouvert la bouche et fait bien son job ^^ Il a peut être pensé mais il a rien dit. C'est déjà mieux que rien!

    Sinon niveau sexualité, ça dépende, ca va de trois quatre fois par semaine à une fois tout les quinze jours. Les humeurs, la compatibilités, la forme... Par contre une fois le 1er jours passé, j'ai super envie de baisé. Mais comme je suis un peu "pas en état" ben, comme on dit "quand la rivière est rouge, on emprunte le chemin boueux!"

    Mais dans tout les cas, PERSONNE n'a le droit de juger ta sexualité. C'est pour ça que les gens ne font que ça XD

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, en période de règles j'ai plutôt la technique "FUCK THAT SHIT DENIAL IS BEST".

      Supprimer
  4. Hallucinant, elle devrait avoir honte !

    RépondreSupprimer
  5. Ça m'agace à chaque fois d'entendre parler de gynécos qui jugent, où ça se passe pas comme ça devrait, c'est pas normal. J'ai dû faire changer mon implant contraceptif à la rentrée et j'ai eu de la chance, je suis tombée sur une gynéco chouette.
    L'implant c'est la vie ( du moins pour moi, ça correspond pas à tout le monde), pas de règles, pas de tracas, tranquille pendant 3 ans. :)
    Sache que tu peux passer par un généraliste pour les prescriptions de pilule, ils sont tout aussi habilités à se charger de contraception (mon 1er implant a été posé par un généraliste). :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avais pensé à l'implant également mais le côté "pas de règles" est assez aléatoire. Pour ma pilule à première vue c'est sûr que je n'aurai plus mes règles après un moment, pour au début je vais les avoir et elles disparaîtront petit à petit.
      Genre là j'ai mes règles tu vôa.
      Et j'ai envie de mourir tu voâ.

      Supprimer
  6. Moi je ne voulais plus d'hormones donc un DIU cuivre...et ce fut le parcours du combattant.
    Entre " n'importe quoi !! c'est une idée de filles qui lit les magazines féminins" et "c'est si grave que ça les hormones ?! je ne pense pas, je vous prescris la pilule"

    J'espère juste que ces deux femmes se sont remises en question depuis!

    Mais bon, c'est finalement un homme qui me l'a posé et il m'a pas chié une pendule, il accepté tout de suite!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vraiment n'importe quoi, mon dieu... O_O

      Supprimer
  7. Bon sang, ça ne me donne pas envie d'aller en voir un, tout ça.
    Mais bon, avant 25 ans, c'est pas obligatoire, donc pour l'instant tout va bien \0\

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est fortement conseillé d'aller faire un examen gynécologique au moins une fois par an dès les premiers rapports.
      Mais c'est comme pour tout médecin/psychologue. Fais d'abord un premier rendez-vous pour parler, pour les éventuelles questions, et si le feeling est bon, accepte un éventuel examen.
      Mais honnêtement il vaut mieux ne pas repousser le gynécologue à cause de la peur/gêne.

      Supprimer
    2. Il paraît, mais l'histoire des 25 ans venait de la bouche d'un gyné qui dénonçait le surcontrôle.
      Alors je me dis que vu que je n'ai eu qu'un partenaire avec lequel j'utilise depuis le début un préservatif, les risques de papillomavirus sont faibles.
      Je sais que je repousse le truc, mais bon, je n'ai vraiment pas envie d'être jugée pour mon absence éternelle de libido qui est une tare selon la plupart des gens.
      Je me dis que j'irai quand j'aurai mon propre appart, histoire de recevoir les factures chez moi.
      Merci quand même pour tes conseils :)

      Supprimer
    3. Je ne parle pas forcément du papillomavirus, mais juste d'un examen de base. Par exemple pour voir les éventuelles infections, ou si tu n'es pas blessée.

      Supprimer
  8. Ma foi, Canalis, t'es vite blessée, ou irritée.

    Selon une personne, ça peut être très bizarre d'entendre que quelqu'un ne peut pas se passer de sexe pendant une semaine. J'veux dire, certaines personnes font l'amour une fois par mois, c'est comme ça, donc peut être que sa question découle de son expèrience. (C'est donc vraiment pas grave)

    J'avoue que le rire aurait pu être évité, mais c'un être humain, c'est pas grave. (Non, vraiment, c'est PAS grave)
    Y'a rien à faire : Ta situation EST marginale. Ne le nie pas, tu te mentirais à toi même. (Ca aurait étonné n'importe qui que tu ai deux copains, même un gyneco, met toi ça en tête)


    A 19 ans, tu devrais essayer de moins te poser de questions. Parce que si ça te met dans un mauvais état, c'est une chose, ton problème. Mais si tu commences à projeter ta haine sur la première gyneco qui est un peu maladroite, ça devient plutôt méchant.

    Excuse moi, mais j'ai l'impression que pour toi, n'importe quelle question qui te sors de ta zone de confort, ou qui n'est pas comme tu aurais imaginé, n'importe quelle remarque qui ne ressemble pas à ce que tu as déjà pu entendre, n'importe quelle idée qui s'éloigne un peu de tes principes...
    Tu les lapides avec tes mots.

    Et je trouve ça dommage parce que tu as du talent à l'écrit, et de la maturité à revendre, mais tu es encore assez fermée d'esprit.

    Pas fermée dans le sens "Hey elle déteste les homos cette conne", mais plutôt, dans le sens "Si c'est pas fait comme dans mon monde parfait, ça va pas le faire.".

    J'veux dire bêtement, t'aurais pu faire une croix sur cette pauvre conversation avec ta gynéco, ça t'aurais fait gagner du temps, mais surtout, tu aurais éviter de refouler ta colère sur une personne qui avait l'air de tout faire de façon innocente.

    Mais bon, c'est ton blog, tu écris c'que tu veux dessus après je m'en mêle pas.

    Mais tu devrais vraiment...te poser moins de question, et moins en vouloir à tout ce qui sort de ta zone de confort.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. De la part d'une gynécologue travaillant dans un planning familial, non, il n'est pas normal de juger les habitudes de ses patientes. Point. L'abus de la part des gynécologues, léger ou grave, est une réalité et pour moi il est hors de question de faire comme si tout était normal.

      Il est tout de même étrange que ma gynéco habituelle n'ait pas été choquée/étonnée du tout d'apprendre que j'aie deux copains, désolée de te l'apprendre : avoir une situation marginale n'empêche pas de demander le respect.

      Outre le ton condescendant de ton commentaire, qu'as-tu à dire à part me juger ? L'irrespect reste l'irrespect et mérite qu'on en parle, point. Tu essaies de me faire croire que je suis intolérante parce que je réagis mal à l'intolérance d'une autre personne ? Te ficherais-tu de moi, "Anonyme" (pas de pseudo, pas de signature, très courageux, au passage) ?

      Supprimer
    2. Ah, parce que tu ne juge pas toi?

      Une femme qui fait son travaille, qui a eu l'AUDACE de te poser une question, oulala, quelle horreur, quel crime, quel immondice.

      Le problème, c'est que le respect est une question de point de vue.
      Et toi, n'importe quoi peut être considéré comme de l’irrespect.

      Et ce n'est pas parce qu'elle t'as posé quelques questions médicales, qu'elle est "intolérante". Ça serait cool d'éviter de mettre des étiquettes sur le front de toutes les personnes qui ne réagissent pas comme toi tu aimerais.

      Supprimer
    3. Je vais t'apprendre un truc : je n'ai pas besoin de ta validation pour écrire un article. Me juger sur ma sexualité, c'est être intolérante. Si tu ne peux pas accepter ça, tant pis pour toi, ça ne m'empêchera pas de continuer d'écrire mes articles.

      Supprimer
    4. Parler à Canalis de zone de confort, c'est fort ! ;)

      Supprimer
    5. Surtout quand, pour la personne, "sortir de sa zone de confort" revient à dire "accepter de se faire rabaisser sans rien dire car après tout si ton médecin te prend pour une merde c'est bien parce qu'il fait son boulot"

      Supprimer
    6. De toute manière un praticien, un PRO donc, n'a pas a te juger. (Ni a faire sa prude ,surtout de la part d'une gyné O.o) Je ne sais pas ce qui m'horripile le plus, le post bourré de jugements d'Anonyme ou son ton condescendant...
      Et puis dire que t'es fermée d'esprit...c'est fort de café!

      Supprimer
  9. Ah, parce que tu ne juge pas toi?

    Une femme qui fait son travaille, qui a eu l'AUDACE de te poser une question, oulala, quelle horreur, quel crime, quel immondice.

    Le problème, c'est que le respect est une question de point de vue.
    Et toi, n'importe quoi peut être considéré comme de l’irrespect.

    Et ce n'est pas parce qu'elle t'as posé quelques questions médicales, qu'elle est "intolérante". Ça serait cool d'éviter de mettre des étiquettes sur le front de toutes les personnes qui ne réagissent pas comme toi tu aimerais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Whoops double post sorry pas prévu.

      Supprimer