dimanche 28 décembre 2014

Est-il acceptable de faire de la grossophobie dans la littérature jeunesse en tant que narrateur ?

[Cet article sert à dénoncer un problème présent dans la littérature, et n'est pas une critique particulière d'Harry Potter, qui sert ici seulement d'exemple.]

Récemment, mue par je ne sais quelle folie, je me suis dit "tiens...si les gens aiment tant Harry Potter, cela veut peut-être dire que mes souvenirs sont biaisés et que cette saga n'est pas si mal que ça. Je devrais la relire !"
(Promis, je n'avais pas mes règles et je n'avais rien bu avant.)
Pleine de motivation et de bonnes intentions (les intentions de celle décidée à remettre son jugement en cause), je demande à Mercutio s'il ne peut pas me refiler le tome 1.
Il ne l'avait pas, il m'a donc refilé le tome 2.
Pas de problème, j'avais déjà lu la saga de mes 8 à 11 ans et je connaissais donc l'histoire (que j'avais trouvée ennuyeuse comme la pluie, en passant, mais ce n'est pas le sujet. Ah si, ça influencera une de mes actions, plus bas).

J'aurais aimé pouvoir vous faire une chronique, comme je le fais avec tous les livres que je lis depuis un petit temps et j'ai donc noté consciencieusement chaque point positif et négatif que je remarquais.
Finalement l'idée de faire une chronique a été vite exclue, car au bout de 42 pages, j'ai totalisé 18 points négatifs. Et le nombre de points positifs était égal au nombre d'enfants que j'ai mis au monde au cours de ma vie.
(SPOILER ALERT : je suis nullipare.)

Donc, fatalement, il m'a semblé plus convenable d'arrêter ma lecture : les souvenirs que j'avais de l'histoire ne m'attiraient pas assez pour compenser les problèmes stylistiques rencontrés.

Mais je ne suis pas venue ici pour taper sur Harry Potter mais pour dénoncer un point qui m'a légèrement...perturbée.
Je vous cite sur 42 pages un petit échantillon (je ne les ai pas tous notés, par contre).

"Dudley était blond, rose et gras comme un porc."
"Il regardait Dudley s'enfuir aussi vite que le permettaient ses grosses jambes dodues."
"Dudley remonta son pantalon qui tombait sur son gros derrière."
"Dudley recula en trébuchant, son visage gras déformé par la terreur."

Je n'ai commencé à les noter qu'à partir du moment où j'ai trouvé que le nombre de rappels sur l'embonpoint de Dudley devenait alarmant. Je pense me rappeler également d'un "Dudley était si gros que ses énormes fesses dépassaient de sa chaise". Raffiné. Mais pour résumé, chaque fois que Dudley faisait une action ou disait quelque chose, on y avait droit.

Honnêtement je n'ai pas été choquée parce qu'il s'agissait d'Harry Potter, mais bien parce que c'était la première fois que je voyais ça.
J'ai eu une longue période dépourvue de lecture jeunesse de mes 14 à mes 18 ans ; avant, j'étais trop jeune et conne pour comprendre le principe du fatshaming (ou grossophobie en français), et après j'ai eu la chance de lire des livres sans discrimination dans la narration.
Certes, c'est arrivé (j'en ai parlé dans ma chronique de La nuit des enfants rois où certaines phrases flirtent avec le racisme), mais honnêtement, jamais de façon aussi grossière.
Je ne suis pas là pour taper sur Harry Potter, mais je l'utilise comme exemple pour dénoncer quelque chose qui, ici, m'a choquée (bref, ce n'est qu'un tremplin).

Pendant une longue période, la ligne conductrice de ce blog se basait sur la dénonciation des discriminations. Ça a duré un moment avant que les articles sur le sujet ne s'espacent, car j'avais fait le tour du problème.
J'ai parlé d'homophobie, de racisme, de grossophobie, de sexisme, de slutshaming, de polyphobie, et j'en passe et des meilleures.
Je pense qu'il est donc normal d'écrire cet article. La grossophobie reste la grossophobie.


Premièrement : il s'agit d'un livre pour enfant. D'un livre jeunesse. Que des personnes plus ou moins jeunes vont lire. Il est donc fort probable qu'ils s'inspirent de ce qu'ils voient dans les livre pour leur éducation, leurs habitudes, sans même parfois s'en rendre compte.
Donc je pense qu'il y a une responsabilité en plus de la part d'un auteur lors de l'écriture d'un livre jeunesse. J'imagine bien que cela peut être un parti pris : le narrateur ne représente ni l'auteur, ni aucun des personnages. Il est juste en lui-même un personnage qui raconte. Soit.
Mais finalement le résultat est le même, en étant confronté à la grossophobie dans un bouquin qu'il adore, l'enfant et adolescent peut facilement assimiler que ce type de phrases est cool, qu'il peut le ressortir pour fermer le clapet de quelqu'un.
Quand on est fan de quelque chose, on a tendance à calquer son quotidien sur ce qu'on aime. Toi, Potterhead, ose me dire le contraire droit dans les yeux et sans faire trembler ton mug Serpentard.
Si on a besoin de s'entourer d'une esthétique rappelant ce qu'on aime (ici, les mugs Serpentards et autres écharpes Gryffondor, voire les tickets pour cette merveilleuse réplique de Poudlard ouverte en Pologne qui ma foi m'a l'air fort stylée), il me semble logique qu'inconsciemment on adopte les codes de conduites trouvées dans les mêmes histoires.
Donc pour moi, la grossophobie dans la narration ne va, je pense, pas aider à l'acceptation des personnes en surpoids et au body positive.

Deuxièmement : oui, Dudley est méchant. Et la preuve : les autres personnages gros et gentils de l'histoire ne subissent pas de grossophobie. Il est donc évident que le fatshaming que subit Dudley n'est rien d'autre qu'une démarche humoristique pour appuyer le fait qu'il soit détestable.
Allons donc.
Personnellement, si dans un roman je trouve une prostituée qui a tout d'une connasse, je ne vais pas la décrire comme "la salope dégueulasse qui suintait de foutre entre ses cuisses se fit un café" (parce que je ne suis pas Henry Miller, ha ha).
Si dans un roman je trouve un Iranien psychopathe, je ne vais pas dire "L'immonde bougnoule qui aurait mieux fait de rentrer dans son pays de terroristes insulta l'héroïne".
Ou si je trouve un homme homosexuel qui harcèle un camarade de classe, je ne vais pas parler de "la pédale sodomite dégénérée".

Je pense que le problème est assez clair : même dans un élan humoristique, même parce que le personnage n'est pas quelqu'un de gentil, de la discrimination reste de la discrimination.
Et je suis désolée de décevoir : mais le surpoids n'est pas drôle. Ça n'a rien d'humoristique.
Si un personnage est méchant, on met en avant sa méchanceté. Pas son poids. 
Pour moi, dire "mais c'est parce qu'il est insupportable, faire des remarques sur son poids est fait pour ajouter une touche comique !" c'est déplacé.
Ça n'a rien de comique, c'est juste gratuit et pathétique.


Personnellement, si je revois une telle faute dans un livre par l'avenir, je m'en débarrasse. C'est un parti que je prends. Après, chacun est libre de faire ce qu'il veut. Mais je me devais d'en parler.

J'espère que vous passez une bonne semaine et que vous aurez droit à un excellent week end.
Des baisers,
Canalis

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12 commentaires:

  1. Je trouve que tu as tout à fait raison. Vraiment, hein. Donc j'ajouterai rien là dessus. Mais comme je suis une chieuse qui a l'esprit de contradiction, j'ai pensé à ça : même si il parait évident qu'on cantonne la méchanceté au caractère et que ça ne déteint pas sur le physique... eh bien souvent, lorsqu'on déteste quelqu'un, on le trouve moche. Donc on met en avant sa caractéristique principale physique (= qui saute le plus aux yeux du personnage) de façon péjorative pour bien montrer qu'on le déteste. Là, Dudley est gros, donc on met ça en avant. C'est pareil avec les cheveux gras et le nez crochu de Severus. Vu comme ça, je trouve pas ça si choquant.

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    1. Ta vision des choses est intéressante ! Même si à mes yeux ça m'excuse toujours pas (la grossophobie est plus lourde, on va dire, que les moqueries que les cheveux gras. C'est comme les racisme abri blanc. On ne peut pas dire qu'il soit aussi grave que le racisme car l'un a un passété plus lourd que l'autre). Mais je n'avais pas pense à ça !

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  2. Pour le coup, c'est un point de vue interne : celui de Harry. Dudley est perçu par les yeux de Harry, ici, même si c'est écrit à la troisième personne.
    Après, c'est vrai que la tendance qu'ont les auteurs à tourner les gros en ridicule est assez bof. Ça a forcément une influence sur les lecteurs, même au niveau inconscient.
    Je ne me souviens plus si on trouve d'autres personnages obèses dans la saga Harry Potter, ça serait intéressant de voir quel traitement en est fait dans la narration.

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    1. Il y en a, mais les qualificatifs utilisés pour montrer leur sutopies sont plus gentils car eux mêmes sont gentils, mais je contre cet argument dans mon article, car je ne le trouvais pas vraiment valide :/

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    2. Là je peux répondre ^^ Neville Longdubat est aussi considéré comme "grassouilet" mais le portait en fait aussi un garçon, timide , tête en l'air mais courageaux.

      Comme le dit si bien matnh, tout est vu par les yeux de Harry. C'est même dit par un des directeurs de productions dans un des nombreux bonus. D'une certaine manière, nous vivons la vie de Harry au travers de ses yeux: résultat: si il se plante le lecteur aussi ^^ Donc c'est sa vision des choses. Et puis, il n'aime pas Dudley car il est son bourreau. S'il avait été beau, je crois que cela aurait aussi été dévalorisé par Harry.

      Voilà, je ne sais pas si c'est très clair mais je pense apporté un petit élément de réponse ^^

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    3. (sutopie...je ne sais pas comment mon portable a réussi à écrire ça à la place de surpoids...)

      Je trouve ça d'autant plus dérangeant, du coup, car Harry est vu comme le héros de l'histoire, plein de qualités et avec pour seul défaut ses cheveux incoiffables, donc finalement ne sert-il pas d'exemple pour tous les jeunes qui lisent la saga ? Ca me renvoie au point sur la responsabilité de l'auteur jeunesse de l'article : finalement en prenant un personnage principal aux pensées grossophobes sans que cela ne soit corrigé durant l'histoire, on apprend aux gens que la grossophobie est excusable.

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    4. Juste pour dire que sutopie m'a énormément fait rire....

      Et au passage, que j'ai aimé l'article.

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    5. C'est pas ma faute si je ne sais pas écriiiiiiire T^T

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  3. Je trouve aussi les desciprtions de Dudley asséz reloue. Même si, heureusement, plus loin (genre tome 5 je crois) tu lis que Dudley c'est mis à la boxe et est maintenant plus musclé et moins gras (et qu'il a grandit). Je crois aussi que c'est une caricature (du moins... je l'espère)
    Ben oui on peut être ultra fan et ne pas tout apprécier dans les livres.

    Sinon niveau moral, le mien frôle les pâquerettes (qu'il n'y a pas) c'est pour ça que je commente fort peu mais que je lis tout... je n'ai vraiment pas envie de plomber le moral de tout le monde ^^

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    1. Cool, Dudley est devenu musclé, le voilà enfin beau et respectable...:/ C'est toujours vachement moyen à mes yeux.

      J'ai vu tous tes soucis sur Hellocoton, chaque fois je suis estomaquée. Tu n'as vraiment pas de chance ces temps-ci, ma pauvre Cari :(

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  4. Je pense que ces mots, à l'auteure, lui sont venue comme ça un peu. Sous le feu de l'écriture, quelque chose du genre.
    Et je pense aussi que, avec ton argumentaire, tu n'as pas tort.
    Mais d'un autre côté, c'est une littérature jeunesse. Ca dépeint un peu la méchanceté des enfants entre eux, d'une part. Et d'autre part, c'est au lecteur de faire la part des choses. Je m'explique: ce n'est pas parce qu'il lit des phrases pareilles qu'il va automatiquement les sortir, qu'il va trouver ça juste ou bien rodé pour se moquer d'un gros ou se défendre.
    Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. C'est un peu comme les jeux vidéos. Certains adorent les jeux Call of Duty ou même les jeux de bastons type Soul Calibur, Guilty Gear et compagnie (dont moi la première). Ils aiment taper dans du virtuel, mais ils ne le feront pas en réel, car ils ne sont pas comme ça.
    Autre exemple: la télé. Les infos: qui n'a jamais vu d'images violentes de sa vie? Est-ce que, pourtant, ça nous rend aussi violent que ce qui nous montre, filment ses images? Non.
    (Bon pour la télé, encore, je trouve que c'est pas un très bon exemple: regarder les infos en sachant pertinemment qu'on y verra des nouvelles horribles ou horripilantes, j'appelle ça de l'auto-lynchage ou du sadomasochisme culturel/ sociétal, parce que regarder ça, c'est déjà malsain en soi). Enfin bref, j'espère que tu as saisi ce que je voulais dire. ^^

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    1. Par rapport aux jeux "violents", je pense que ce n'est pas comparable car on sait qu'on ne peut pas tuer, torturer, etc. Mais la grossophobie est ancrée dans la société, c'est quelque chose de "normal", donc on aura pas le réflexe de se dire "je ne peux pas faire ça en vrai" en voyant quelqu'un insulter un gros dans un livre.

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