lundi 4 août 2014

[Lecture] "Correspondance passionnée" d'Anaïs Nin et Henry Miller

Je vous ai déjà parlé de ma fascination pour Anaïs Nin. C'est une auteure de laquelle je me sens très proche, avec laquelle j'ai beaucoup de points communs (outre nos prénoms) et que j'admire à un point inimaginable.
J'ai, du coup, tendance à vouloir tout lire qui soit en rapport avec elle. C'est pour cela que j'ai tenu à lire sa Correspondance passionnée avec Henry Miller.


Éditeur : Stock
Année de parution : 2007
Nombre de pages : 620
Prix : 22.40€

Anaïs Nin et Henry Miller ont entretenu pendant vingt ans une correspondance passionnée. Commencée en 1932, celle-ci s'achève vingt ans après, en Californie, alors qu'ils sont tous les deux devenus célèbres. Récit d'un amour fou, qui fait place peu à peu à la tendresse, ces lettres retracent également l'évolution de leurs œuvres
Resté inédit jusqu'à la mort du mari d'Anaïs, ce texte suscite une réflexion intemporelle sur la complexité du sentiment amoureux. L'estime qui n'a cessé d'animer leur relation, et ce même quand ils connaîtront d'autres amours, force l'admiration. Au-delà des malentendus ou trahisons apparentes, ils n'ont cessé de défier ensemble les conventions tout en interrogeant de façon permanente leur conception respective de l'écriture. "Même après, disait Miller, ils parlaient métier".
Cette correspondance permet de pénétrer une époque captivante et d'approcher deux personnages exceptionnels, unis dans une fidélité essentielle, physique, matérielle et littéraire.

Points positifs
Moi qui avais, en premier lieu, découvert Henry Miller grâce à son roman autobiographique Jours tranquilles à Clichy ainsi que le début de Tropique du capricorne, j'en avais vu un homme très froid, cynique, méprisant, misogyne que je n'avais pas beaucoup aimé. Ici, j'ai pu découvrir un Henry amoureux, passionné, qui m'a laissé rêveuse.
C'est donc un livre plein de romantisme, qui donne envie de commencer à envoyer des lettres à son (ou ses, ha ha) amoureux et d'en recevoir en retour. Qui donne envie d'écrire des tonnes de missives, de les remplir du lyrisme le plus pompeux et de les parfumer avant de les glisser dans l'enveloppe.
Comme j'avais déjà lu, auparavant, certains journaux d'Anaïs Nin et d'autres œuvres des deux auteurs, je trouvais que cette correspondance complétait très bien leur bibliographie. On obtient des détails, des ressentis en plus, et parfois-même, certaines choses sont corrigées (j'ai par exemple appris qu'Anaïs Nin n'avait pas été visiter un bordel avec Henry Miller, comme dit dans son Journal (1931-1934) mais avec son mari Hugo Guiller qui a demandé à ce que cela reste secret. Evidemment, à sa mort, il a bien fallu remettre l'église au milieu du village).

Points négatifs
J'ai bien peur que ce livre ne présente pas un grand intérêt pour ceux qui ne connaîtraient aucun des deux auteurs. En lui-même, il est très insatisfaisant : les lettres ne se suivent pas, n'ont pas souvent de rapport entre elles (les deux protagonistes n'attendant pas de réponse de leur correspondant pour écrire une autre lettre) et ne sont parfois pas compréhensibles, parlant de choses dont le lecteur n'a jamais entendu parler, etc.
De plus, j'ai été assez agacée par les notes biographiques laissées en fin de livre, et auxquelles il fallait sans cesse se référer dès qu'un nouveau personnage était mentionné. Je pense que quelques notes en bas de page aurait été plus faciles.
De plus, j'ai été surprise par le racisme d'Anaïs et Henry. En soi, je n'ai pas eu de soucis à excuser Anaïs car son racisme ressemble d'avantage à un "racisme d'artiste". Elle a tendance a voir énormément de poésie dans "l'exotisme" et à en être fascinée. Elle tombe souvent dans le piège du cliché, mais on n'a aucune peine à voir qu'il n'y a aucune mauvaise intention dans ce qu'elle dit, qu'il y a surtout de l'admiration pour ce qui est étranger, ce qui, pour l'époque, n'est déjà pas mal par rapport à la discrimination dont les gens pouvaient faire preuve. Par contre, je suis incapable de défendre Miller sur ce point et je n'en ai juste pas envie. Il est empli de mépris, comme d'habitude, et l'a montré encore une fois envers l'étranger. Ça m'a beaucoup déçue et ennuyée.

Extraits

"[Villa Seurat]
29 décembre [1934]

[Anaïs]

[...] J'ai tellement envie de toi, je suis tellement impatient de te prouver que ce que je dis et ce que j'écris n'est pas du baratin, un mensonge, une blague, que je serais prêt à tuer, tuer, tu comprends ? C'est un enragé qui va débarquer. J'abomine New York, j'abomine l'Amérique. Je reviens pour te tirer de ce terrible pétrin, pour te laver entièrement, pour te purifier, pour t'aimer comme jamais un homme n'a aimé une femme. Je me dépêche pour arriver là-bas avant Hugo. Je ne le laisserai pas te toucher. Où étais-je, qui étais-je, pour avoir jamais permis ça ? Je me mets à genoux et te prie de me pardonner. J'ai été un rêveur fou. J'ai été tout ce que tu dis, et peut-être pire. Attends-moi seulement, Anaïs. Ne te laisse pas distraire. Si possible, trouve une chambre où nous puissions être ensemble quelques jours, sans être dérangés. Offre-moi quelques jours de paix dans tes bras -j'en ai terriblement besoin. Je suis en loques, épuisé, vidé. Après ça, je pourrai affronter le monde entier. [...]
Henry."

"[30, quai de Passy, Paris]
[Mars 1937]

[...] Quand j'entre chez moi, je me retrouve en face du plus inexpressif des visages, des gestes les plus vagues et les plus négatifs, un parfait fantôme. Il ne suffit pas de mettre une femme dans son lit, tu sais. On a donné à l'homme d'autres modes d'expression. J'exprime ce que je ressens, toi, tu sors de ta voie pour renier, pour brouiller et effacer toutes manifestations d'un attachement quelconque. Tu ne parles que du "collectif", de l'amitié plutôt que d'un ami, du "bordel" généralisé. J'ai jeté un œil sur ce que tu écrivais dans Capricorne, et je l'ai trouvé, ce grand bordel anonyme, dépersonnalisé. Au lieu de donner à chaque femme un visage différent, tu prends plaisir à les réduire à une ouverture, à une identité biologique. Ce n'est pas très intéressant, je trouve, ni très enrichissant. C'est une maladie. L'homme qui commence à voir le monde entier comme un sexe est malade. Il est comme un chien en chaleur. Les hommes ont leurs périodes de rut, c'est admis, et c'est très bien. Mais l'homme ne vit pas dans un état de rut permanent. Ta dépersonnalisation te conduit si loin, tu te désintègres à un tel point que tout devient sexe, et le sexe est un trou, et après lui c'est la mort.[...]
[Anaïs.]


12/20

5 commentaires:

  1. C'est typiquement le genre de livre que j'adore lire quand je connais un peu les auteurs. Faut vraiment que je me mette à Anaïs Nin.

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    1. Oh oui, mets toi à Anaïs Nin, elle est coule.

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  2. Hum. Intriguée par ce que tu en avais dit, j'ai acheté un bouquin d'Anaïs Nin (le 1e que j'ai pu trouver à vrai dire, uhu), c'était des extraits choisis de son journal. Elle a l'air d'avoir eu une vie pleine de passions. Mais bon, je n'ai pas vraiment vraiment aimé, pour ma part.^^ Juste contente de l'avoir lu pour savoir un peu qui est cette écrivaine dont tu parlais tant.

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    1. Euh. ALORS LÀ. Je vais essayer de retrouver le livre, ça sera déjà pas mal.

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