vendredi 15 août 2014

[Lecture] "80 notes de jaune" de Vina Jackson

A la base, je ne comptais pas lire 80 notes de jaune. Le titre me faisait trop penser à Cinquante nuances de Grey et j'avais peur qu'il ne s'agisse que d'une pâle copie de la trilogie.
Puis, en faisant la file pour passer à la caisse de ma librairie, je l'ai vu en poche sur une étagère.
Et je n'ai pas pu résister.


Editeur : Le livre de poche
Année d'édition : 2014
Nombre de pages : 408 pages
Prix : 7.10€

Prisonnière d'une relation en demi-teinte, Summer, violoniste passionnée, trouve refuge dans la musique. Elle passe ses après-midi à jouer Vivaldi dans le métro londonien. Un jour, son instrument est détruit et elle reçoit un message d'un admirateur secret. Dominik, séduisant professeur d'université, se propose de lui offrir un violon en échange d'un concert...très privé. Dominik et Summer se jettent alors à corps perdu dans une liaison sulfureuse aussi imprévisible qu'excitante. la jolie violoniste laisse libre cours à ses pulsions interdites et s'abandonne enfin à la passion. Elle va bientôt découvrir qu'il n'y a pas de plaisir sans souffrance...
Grisante, charnelle et audacieuse, une histoire d'amour qui vous laisse le souffle court.

A nouveau, je trouve cette amorce très peu fidèle à l'histoire elle-même. C'est à se demander parfois si les personnes s'occupant de les écrire ont vraiment lu le livre duquel ils sont chargés...
L'héroïne de ce roman est donc Summer, une jeune violoniste aux tendances exhibitionnistes et en couple avec un homme frigide, froid, maniaque, et un peu chiant. Un jour, alors qu'elle jouait du violon dans le métro, elle est prise dans une altercation et son violon est cassé.
Quelques jours après, elle reçoit un message d'un admirateur, Dominik, qui lui demande de jouer nue pour lui en échange d'un nouveau violon.
Summer va en même temps découvrir un nouveau genre de sexualité en fréquentant des donjons, des soirées échangistes, mais va également être la proie de manipulateurs et se perdre dans ce nouvel univers qui la grise tant.
(Et putain de bon sang, non, ce n'est pas uns histoire d'amour, il y a genre 0 grammes d'amour dans ce roman. Il paraît que ça s'arrange dans les autres tomes, mais pas dans celui-ci, donc.)

C'est un livre qui m'a laissée vraiment mitigée. J'ai adoré la première partie, je me suis même dit que ce livre allait finir dans mes préférés, mais petit à petit, il est devenu de plus en plus malsain, de plus en plus sombre, et je l'ai reposé avec un sentiment de malaise.

La première partie était excellente, avec un style très poétique, une belle écriture, le contexte de la musique était vraiment intéressant et original et les personnages étaient bien construits. De plus, le BDSM dans les soirées était bien mieux présenté que dans Cinquante nuances, même si le milieu excentrique où il était pratiqué donnait une impression d'être réservé à des marginaux, mais en soit, tout s'annonçait bien.
Puis, au fur et à mesure que Summer tombe entre les mains de Viktor, tout devient plus malsain, nauséabond, cliché, gênant, parfois même sectaire. J'ai trouvé la seconde partie désagréable à lire, j'hésite même à acheter la suite. Mais il paraît qu'elle est très différente, donc j'achèterai sans doute le deuxième tome pour voir si ça s'arrange.

Points positifs
-Joli style d'écriture, beaucoup de poésie.
-Contexte de la musique intéressant.
-Personnages originaux.
-Couverture magnifique.
-Psychologie des personnages très intéressante sur leur rapport au sexe.
-Changement de narrateur intéressant, on passe de la première personne pour Summer à la troisième personne pour le point de vue de Dominik, j'ai trouvé que ça donnait un bon rythme.

Points négatifs
-J'ai pu voir de grosses lacunes dans le travail de documentation des auteurs, avec des fautes graves. Par exemple, dans une scène, une femme met de la crème glacée dans le vagin d'une autre, et tout cela semble érotique, attirant, on aurait presque envie de faire pareil chez soi. Sauf que mettre quelque chose de sucré dans un vagin, c'est la mycose assurée. Mais ça, on ne le dit pas.
-L'héroïne dit parfois des choses qui n'ont pas de sens. Dire que manger des palourdes vivantes est cruel alors qu'on est en train de manger des huîtres, c'est stupide. Dire qu'on s'inquiète de tomber enceinte parce qu'on a couché avec un mec sans capote, alors que le mec a dû avoir 666 partenaires au cours de sa vie et pourrait bien se traîner une MST, c'est encore plus stupide.
-Les scènes de sexe étaient souvent trop cliché et too much. J'ai même pu voir un viol traîner quelque part. Mais bien sûr, rien dans le livre ne laisse penser qu'il s'agissait d'un abus sexuel. Comme un arrière goût de Cinquante nuances.

Extrait
"Dominik avait toujour eu la capacité de dissimuler ses émotions, en public comme en privé. Il avait assisté à la performance dans un état de dévotion silencieuse, impassible, attentif aux moindres nuances de la musique. Il n'avait pas perdu une miette des mouvements des musiciens, tout de noir et blanc vêtus. Et de Summer. Nue.
Il avait eu l'impression d'assister à un rituel.Une symphonie de contrastes entre les vêtements de soirée sombres et l'audacieuse nudité du corps de la violoniste qui se colletait littéralement avec son instrument pour en extraire chaque note, chaque fragment de mélodie, la domptant, la dirigeant. Il avait même vu une minuscule goutte de sueur tomber de son nez, glisser sur son téton dressé et finir sa trajectoire sur le sol en pierre de la crypte, à quelques centimètres des talons hauts qu'il lui avait ordonné de garder.
Peut-être aurait-ce été plus excitant s'il lui avait demandé de porter des bas noirs. Peut-être pas.
Il avait éprouvé tout du long un mélange de désir brûlant et de retenue. Il s'était fait l'effet d'être un inquisiteur assistant à une orgie : n'importe quel témoin l'aurait trouvé suprêmement indifférent alors qu'il était fiévreusement impliqué, le cerveau en ébullition, ses pensées suivant une course folle et incohérente, vagabondant, examinant, interrogeant, sondant. Le tout sur ces mélodies immortelles que ce quatuor improvisé avait magistralement interprétées, faisant naître des images et des mots comme seule la musique sait le faire.
La forme de ses seins, leur petitesse, la tendre vallée qui les séparait, le croissant obscur qui promettait bien des secrets sous chacun d'eux, le minuscule creux de son nombril, qui pointait comme une flèche en direction de son sexe.
Il avait apprécié de découvrir que, contrairement à tant de jeunes femmes de sa génération, elle n'était pas intégralement épilée. Les courtes boucles auburn formaient comme une barrière voilant la partie la plus privée de son corps. Il avait alors décidé de la raser lui-même, un jour. Il en ferait une occasion spéciale. Une célébration. Un rituel. Le passage du Styx, au-delà duquel elle serait à jamais nue pour lui. Offerte. Sienne.
La solidité de ses cuisses, la longueur de ses mollets, les minuscules cicatrices sur l'un de ses genoux -souvenir d'un jeu d'enfant-, la surprenant étroitesse de sa taille, comme si elle avait été moulée dans un corset victorien."

Pour résumer, à qui conseillerais-je ce livre ? A quelqu'un qui a déjà lu des romans érotiques. Beaucoup. Habitué à beaucoup de choses. Ce livre ne fait pas dans la dentelle, sait être très cru, je ne pense pas que ça plaira à tout le monde.

Note : 11/20

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire