mercredi 5 février 2014

La productivité et moi

Lorsque j'étais ado, je passais mes journées sur l'ordinateur, sur des forums, à papoter avec des internautes sans jamais ressentir la moindre lassitude. J'ai ainsi rencontré des dizaines, voire des centaines de personnes. Je me suis fait des amis, j'en ai rencontré certains, je suis tombée amoureuses d'autres, et ça a été ainsi jusqu'à mes 17 ans.
Je fréquentais aussi des sites plutôt chronophages, comme viedemerde.fr, 9gag, danstonchat, etc. Je regardais des séries, j'avais mes personnages préférés et j'allais en parler sur des forums.
Encore.
Lorsque j'allais me coucher, je n'étais pas souvent dérangée par le manque d'actions exécutées dans ma journée. Souvent, je ne me rendais même pas compte que je ne faisais rien. Dans ma tête, il se passait tellement de choses avec mes discussions, les personnes que je rencontrais ou que je retrouvais.

Et parfois, ça me rattrapait. Je pleurais dans mon lit, bouffée de solitude. Derrière l'écran, un monde de gens de mon âge m'attendaient, mais dès que l'ordinateur s'éteignait, il n'y avait plus rien.
Je refuse de dénigrer les amitiés sur Internet, toutes ces choses merveilleuses qui arrivent grâce à ce réseau, mais il est pour moi indispensable d'avoir de solides piliers à côté de tout ça. Et ces piliers, je ne les avais pas.

Je serais incapable, je pense, de mettre le doigt sur ce qui a provoqué un tel déclic dans ma tête. Mais petit à petit, je suis devenue accro à la productivité. Ça a commencé doucement, j'ai ouvert un blog, j'y écrivais de temps en temps. Parfois tous les jours, parfois une seule fois par semaine.
Puis, voulant devenir danseuse burlesque, j'ai commencé à faire des étirements tous les jours, durant un quart d'heure environ. Parfois, je cousais pour avancer dans mon costume.
Ensuite, j'ai commencé un nouveau roman, l'été dernier. Après avoir fait un plan consciencieux, je me suis attachée à l'histoire, aux scènes, aux personnages. J'écrivais de temps en temps, parfois tous les jours, à nouveau. Parfois, je n'y pensais même pas.
La rentrée est arrivée, et j'ai arrêté d'écrire sur ce roman. Je n'étais plus que sur mon blog, j'avais peur d'à nouveau abandonner mon projet.

En novembre, le NaNoWriMo est arrivé, et avec lui les 2000 mots à écrire chaque jour. A la base, je ne devais en écrire que 1666, mais avec mon retard, je me suis retrouvée avec ces 2000 mots à écrire chaque jour, sans jamais lâcher. Il y a eu des jours où j'écrivais plus, des jours où j'écrivais moins, mais chaque jour, j'ai écrit.
à Lorsque le mois de novembre s'est effacé, laissant la place à décembre, j'ai continué à écrire durant deux semaines, toujours au même rythme. Puis, un peu fatiguée et ayant envie de mieux préparer mon année 2014 productivement parlant, j'ai tout à fait arrêté d'écrire, laissant mon clavier en jachère, et j'ai passé les deux dernières semaines de l'année à commenter mes anciens textes, à faire du tri, à me reposer, à compter le nombre de mots écrits, etc.

Cette année, je fais mon possible pour respecter mes résolutions et je ne me couche plus sans avoir fait quelque chose de ma journée, que ce soit bêtement lire quelques pages d'un bouquin ou faire un rangement intégral de ma chambre. Je me rappelle maintenant des anciens jours où j'allais parfois me coucher en me disant "ha ha, je n'ai rien fait de productif de ma journée !" et à présent, je me dis que je serais incapable de redire ça un jour. J'aime beaucoup trop la sensation de finir ma journée en me sentant fière du travail accompli, je me sens beaucoup trop bien dans cette sensation.d'accomplissement, de mouvement, de projets en cours, de progrès.
Lorsque nous sommes arrivés en janvier, j'ai dû recommencer à écrire. J'avais l'intention de commencer doucement, avec 1000 mots par jour, pour augmenter ce nombre de 500 mots par mois, pour arriver ainsi à 7500 mots par jour en décembre.
J'ai alors pu constater avec horreur qu'il suffisait de très peu de temps pour que le "muscle d'écriture" s'atrophie.
Qu'est-ce que ce muscle d'écriture, pourrions-nous nous demander ?
Lorsque nous écrivons et nous fixons un nombre quotidien de mots à écrire, si cet objectif dépasse les 500 mots par jour, nous pouvons vite constater une plus grande facilité à atteindre notre objectif, et ce au fil des jours. Nous pouvons ainsi augmenter cet objectif pour nous montrer plus efficace. Au début du NaNoWriMo, je mettais 3h30 à écrire 2000 mots. A bout de trois semaines, je ne mettais plus qu'une heure et demie. Au début, je devais me traîner jusqu'au deux-millième mot, j'étais crevée, je voulais arrêter.
Le dernier jour, j'ai écrit 3750 mots en une soirée.
Comme un muscle, notre capacité d'écriture augmente avec la pratique et la régularité.
Comme un muscle, notre capacité d'écriture diminue si on se laisse aller ou si on arrête d'écrire.
Et mon muscle à moi était donc, au premier janvier dernier, complètement atrophié.
Sur tout le mois dernier, je n'ai pu écrire 1000 mots qu'une vingtaine de fois. Et je mettais 3h30 à le faire. J'avais besoin d'une pause de cinq ou dix minutes tous les 100 mots.
C'était la catastrophe, et ça l'est toujours. Je m'en veux à présent d'avoir fait une pause aussi radicale, j'aurais dû écrire un peu, même ces minuscules 500 mots minimum.

Mais même si je n'écris plus assez à mon goût, je fais d'autres choses. Je fais du sport tous les jours (j'ai gagné 800 grammes de muscles en un mois), je médite, je fais du yoga, je lis beaucoup, et je peux vous dire un truc?
Le bonheur n'est pas loin pour moi.
Je me sens bien, je me sens remplie d'amour. Je rayonne enfin, je ne stresse plus, je n'angoisse plus, je passe ma vie à relativiser pour tout, et je sens une certaine loi de l'attraction ramener tout ce bonheur à moi.

J'ai besoin de me sentir productive car j'ai besoin de m'épanouir, de m'accomplir, d'apprendre de nouvelles choses, de m'ouvrir à ce qui m'entoure, au céleste, aux choses que je ne peux voir. J'ai besoin de me sentir accompagnée grâce à la méditation, besoin de transpirer, de sentir mes muscles qui travaillent, de savoir que mon corps se sent bien. J'ai besoin de créer de nouvelles choses, de bâtir un monde plus grand. J'ai besoin d'apprendre.

Il arrive, bien sûr, que je reste devant l'ordinateur à regarder des photos sur tumblr ou à lire les blogs des autres. Il arrive que je reste juste allongée dans un lit avec Mercutio, ou que je regarde la télévision à ses côtés. Hier, par exemple, tout ce que j'ai fait de la journée a été d'écrire 300 mots. C'est tout.
Et pourtant, je n'ai pas eu l'impression de procrastiner. Je savais que j'avais essayé, mais que c'était un jour sans où mon attention était sans cesse détournée. Maintenant, mes loisirs me servent à me reposer, à me ressourcer, à respirer un grand coup avant de repartir vers mes tâches quotidiennes. Ainsi, je me sens utile, accomplie, mais sans lassitude, sans fatigue.

J'ai à présent du mal à comprendre ceux qui ne font pas grand chose de leurs journées, qui veulent faire telle chose mais ne s'y mettent jamais, qui laissent tomber leur résolution très vite ou même, refusent d'en faire "car de toute façon, personne ne les tient jamais".
Ce n'est pas parce que je ne comprends pas que je fais un reproche, je pense que plein de gens sont heureux ainsi, mais par exemple, si j'avais ce rythme de vie, je serais malheureuse, je serais comme avant.
Personnellement, je pense que dans tous les cas, n'importe qui devrait essayer au moins une semaine d'être productif, de se fixer des objectifs, pour voir ce que cela fait. Peut-être certains verront leur vie changer à cause de cela, peut-être d'autres reviendront-ils à la normale, car ce rythme de vie ne leur convient pas.
L'important, je trouve, est de tout essayer pour voir ce qui nous rend heureux.

(Par exemple, salle de sport = caca. Gym à la maison = pas caca.)
(Stendhal = caca. Sade = pas caca.)
(Word = caca. 750words avec écran rose = pas caca.)
(Méditation concentrée = caca. Méditation guidée = pas caca.)
(Position du chien = caca. Position du cobra = pas caca.)

Vous l'aurez compris, tout est question de voir ce qui nous convient ou non, ce qui est caca et ce qui ne l'est pas.
Et j'entends déjà la Future Moi hurler en décembre 2014 lorsqu'elle relira cet article pour le commenter et verra le paragraphe ci-dessus.

11 commentaires:

  1. Bel article, au début il faut se forcer à faire les choses, mais ensuite on s'y habitue, même si parfois on n'a pas envie du tout de bouger, ça devient exceptionnel (pour moi). Ça montre en gros que tu peux faire ce que tu veux de ta vie :p, j'étais comme toi avant, je foutais rien ^^'.

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    1. Oui, on se rend plus compte de nos possibilités, ça motive :D

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  2. Je suis plutôt d'accord avec toi, je suis en général toujours active, à me fixer des objectifs et des choses à faire mais j'ai aussi besoin de tout lâcher parfois, de juste me reposer, de juste être cool ! Ca me ressource ! Après c’est certain ça dépend de chaque personne, toi tu n'ne a pas forcément besoin mais voilà ! Je pense quand même comme toi, que se coucher en se disant que l'on n'a rien fait de notre journée c’est pas bon du tout !

    Tendresse et baisers sucrés
    Bérengère du blog Bérengère in Wonderland

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    1. Je ressens la même chose, parfois j'ai juste envie de tout lâcher et de me dire "merde aujourd'hui je suis une chenille", mais fatalement, chaque fois, le lendemain est un peu plus difficile XD

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  3. Je comprends vraiment ce que tu veux dire, je suis un peu une accro à la productivité ! Je me fais tout le temps des listes de choses à faire pour avoir la satisfaction de rayer chaque action accomplie! Par contre, petit côté négatif, je me sens vraiment inutile quand je n'arrive pas à tout faire ^^

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    1. Ouiiii, j'ai aussi un peu ça quand je n'ai VRAIMENT rien fait, où quand j'essaie mais que je finis par me rendre compte que ce sera pas mon jour...

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  4. Je me sens visééée. Il fauuut que je fasse quelque chose. Mais je me sens tellement fatiguée...je n'arrive plus à rien. Et puis j'veux faire trop de choses à la fois, j'arrive pas à choisir, du coup je fais rien. Aaahlala. Je t'admire pour réussir à être productive.

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    1. Je ne pouvais pas te viser, je ne savais pas ton rythme de vie é.è

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  5. je comprend bien ce que tu veux dire,parceque je me suis souvent laissée submerger par les écrans (tv, reseaux sociaux ...), à un point que le dimanche soir, vlan, je me prend une claque. Putain, j'ai rien fait de ma journée. Hier non plus. Et la semaine ? Je suis au bureau, dans un taf où je ne fais rien d’intéressant mais qui paye mon toit et mes courses.
    Alors comme toi, j'ai dit stop.
    Je me fais un planning et des listes, avec au moins 1 objectif a réaliser par jour.
    Hier, c'était : corriger au moins 10 pages de mon recueil de nouvelles. Check.
    Samedi : collecter les info et réviser 1 thème pour mon concours. check.

    Ce n'est pas grand chose, mais ca permet de garder son estime de soi entière, et ... de glander sans culpabiliser le reste du temps ...

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    1. Je ne trouve pas que "ce n'est pas grand chose", surtout tes points de liste : à chaque fois, tu avances un peu plus dans tes objectifs, c'est comme ça qu'on accomplis des choses et rien que pour ça, on ne peut pas dire que "ce n'est pas grand chose" :D

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  6. Merci, c'est gentil
    Mais c'est que si je m'écoutais, j'aurais une liste longue comme mon bras !

    Le soucis, c'est qu'à une époque, j'en faisais trop. Le boulot la semaine, les révisions le soir, écriture le week-end + 1 activité en auto entrepreneur, bref, ca m'a dégoutée, et au final, apres 6 mois à ce rythme ... je ne faisais plus rien !!

    Là, je reprend doucement et raisonnablement :-)

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