mercredi 31 octobre 2012

Signé Mercutio ~ Introduction au Voyage



Note de Decay: Bon, c'est pas une photo de bite, mais on est contents quand même.


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Salut, c'est Mercutio (again!) qui vient encore exploiter cette pauvre Decay et son blog. Je laisse ici l'introduction et une des nouvelles d'un recueil d'histoires fantastiques que je suis en train d'écrire. Les nouvelles seront transmises dans l'ordre, voilà voilà. C'est tout ce que j'ai a dire. Bisous bisous, joyeux Halloween, les banalités habituelles, toussa.
Amicalement, Mercutio


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Introduction
Lui, c’est le Voyageur. Il est endormi, en haut de cette dune. Il dort. Il ne connait pas encore le monde dans lequel il s’est plongé. Et vous non plus. Tant qu’il dort, je vais faire les présentations.
Je me présente; je suis Le Calice. Enfin, c’est l'un de mes noms, mais mon favori. Je vais vous raconter une longue histoire; celle d’un prodigieux voyage. Un voyage au cœur d’un autre monde, le Noir-Monde. Regardez autour de vous. Un horizon de dune, et là-bas, trois immenses tours noires. Je vous montrerai ce qu’il y a à l’intérieur. Vous entendez le ressac, au loin ? Parfait. Si le bruit des vagues vous berce, et que le soleil écrasant du désert tombe sur votre nuque, si la morsure du soleil vous assomme, alors vous êtes avec moi. Vous êtes dans le Noir-Monde. Le Noir-Monde est immense, et il reste beaucoup de choses à y découvrir. Nous allons suivre les aventures du Voyageur, dans une multitude de périples.  Vous allez découvrir un autre univers, d’autres paysages et d’autres cultures, toutes issues de mes rêves. Car c’est un rêve que je vais vous raconter.
Et le Voyageur, qui est-ce ?
Il est là-bas, sur le sable. Il porte des vêtements de deuil. Peut-être est-il mort, ou peut-être rêve-t-il. La différence est mince. Il n’a pas de visage propre; il peut être vous, votre voisin, n’importe qui. Peut-être êtes-vous le Voyageur, désormais. Il dort. C’est tranquille, un homme qui dort; tranquille mais pas serein. Une personne qui dort à toujours l’air à deux doigts de l’éveil, comme un équilibriste qui menacerait de tomber de son fil à chaque instant. Il est ainsi. Il savoure les quelques minutes d’innocence et de paix qui lui restent. Puis viendra le désert. Les horreurs qui sont cachées sous le sable. Les fous, l’obscurité, la mer. Le ciel voilé. Et les tours noires, là haut, si haut…
Je n’ai pas la prétention de vous faire rêver, je veux juste vous raconter une histoire. La Cité Morte, la Faille, les épreuves du démon, les rencontres avec ceux qui sont prisonniers de ce monde,  les Tours Noires, et d’autres. Une myriade d’histoires qui j’espère vous intéresseront.
Tiens, les paupières du Voyageur s’agitent. D’une seconde à l’autre, il se réveillera. Je vais vous laisser; vous ne me reverrez sans doute plus. Je serai là, toutefois. Dans les paysages, les grains de sable, les arbres morts, les monuments et ceux qui parsèmeront votre route, je serai là. Et au final, quand viendra l’heure de partir, peut-être vous emporterez avec vous un peu de moi. Un peu de rêve. Une image furtive, d’un paysage que vous aurez vu.
Il s’est relevé; je vous laisse. Bon voyage !

I-La Faille
Il ouvrit les yeux. Il lui avait semblé entendre une voix, et avoir vu une silhouette disparaître. Il se releva en titubant. Le désert s’étalait autour de lui. Le ciel nu tombait sur sa tête, comme un marteau incandescent  Il ne se souvenait pas de ce qu’il faisait là; tout juste se rappelait-il des échos d’une vie passée, comme les dernières miettes d’un rêve auxquelles on s’accrocherait avec désespoir.
Peut-être était-ce l’enfer; il y faisait chaud, il y était seul et il y avait peur. Il fit un tour sur lui-même. Rien, sauf le désert. Sauf là-bas, au Nord. Trois immenses tours noires grandissaient dans le lointain, jusqu’au ciel et peut être plus loin encore. Ses murs noirs semblaient aspirer la lumière.
Sans trop savoir pourquoi, il se mit à avancer vers elles. Peut-être était il intrigué; peut-être n’en avait-il pas peur; lui-même ne le savait pas.
Toutefois, il avança. Lentement d’abord, maladroitement, les chaussures trébuchantes contre le sable, puis d’un pas rapide et déterminé.
Il commença son périple.
Quand le soleil fut a son zénith, il trouva une faille. Elle était immense; le bout se perdait dans l’horizon. Elle formait comme une gueule dans la terre, et le sable s’y engouffrait à chaque coup de vent, pour se perdre dans les entrailles du monde. Quand il se penchait, il voyait en bas un chemin pavé, qui menait plus loin, vers le nord et la fin de la crevasse, qu’il ne parvenait pas à apercevoir.
Il décida de la suivre; après tout, peut être cette crevasse menait-elle vers les Tours. Au bout de quelques kilomètres elle s’agrandît subitement, et il pût voir.
Voir une immense cité, toute en hauteur, dont les strates pyramidales montaient le long de la faille jusqu’à sa hauteur, et qui étaient recouvertes d’habitations carrées, taillées à même la pierre. Des statues immenses et formidables se dressaient de parts et d’autres de la cité, et leurs bras se rejoignaient en des ponts de pierre qui formaient un enchevêtrement au dessus de la ville, comme une immense toile d’araignée sur laquelle pouvait circuler la population. Au centre, un immense palais aux multiples dômes montait plus haut que les autres, et était rejoint par trois ponts de pierre. De gigantesques colonnades soutenaient des voûtes et des vitres formidables, dont les reflets illuminaient la crevasse. Devant le palais était construite une place carrée, entièrement pavée; Au centre était construit un autel entouré de deux piliers de pierre.
Il voyait sur la place, sur les ponts qui la surplombaient, et sur les strates qui l’entouraient une foule silencieuse, constituée de milliers d’individus, qui étaient tournés comme un seul homme vers l’autel et les pylônes. Il s’arrêta, comme prétrifié par cette atmosphère d’attente, de ressentiment profond qui planait sur la faille.
Il sentait les prémices d’un désastre, d’une catastrophe si incroyable qu’elle paraîtrait n’être jamais arrivée. Il avait l’intuition que cette cité allait être détruite, allait s’écraser sur elle-même pour finir par disparaître dans le sable. La Faille se refermerait alors sur la ville, et ce monde oublierait son existence à jamais.
Et il eût raison.
Sans un mot, le peuple se mit à genoux, et chaque homme, femme et enfant présentèrent leur nuque à l’autel qui désormais resplendissait d’une lueur de plus en plus forte, dont l’éclat avait quelque chose de malsain. L’éclat s’intensifia, jusqu’à ce qu’il soit obligé de fermer les yeux. Les paupières closes, il attendît que la lumière décline. Une rumeur lui parvint, celle de la foule qui semblait prendre peur tout d’un coup. Puis la lumière disparût subitement, de même que le soleil, et un vent terriblement puissant se mit à souffler. Le vent se changea en tempête, et bientôt il dût chercher un abri. La dernière image qu’il eût de la ville fut celle de sa place enténébrée recouverte d’une foule en panique, et des ponts qui menaçaient de s’écrouler sous le pas de milliers d’individus terrifiés.
Il se mit en quête d’un endroit où se protéger, mais le vent était trop puissant, et il ne parvenait pas à faire face à son avancée. Derrière lui, il entendît soudain les hurlements de terreur du peuple de la Faille, puis des cris bestiaux,  dont la provenance ne pouvait être humaine. C’étaient des barrissements, des feulements, des grognements, un mélange de sons animaux qui provenaient de la crevasse, et qui parvenaient à couvrir le vacarme de la tempête. Il entendît des bruits de lutte, d’épées tirées aux clairs et de chairs tranchées, un dernier festival de bruits démoniaques, puis le silence. La tempête elle-même semblait faire le deuil de la cité. Il déduisît que l’autel impie de cet endroit avait invoqué des créatures surnaturelles et que la population avait fait office de sacrifice. Il sentait que les monstres en question rôdaient tout près de lui, et plusieurs fois il crut qu’il allait être découvert.  Une fois il pût, malgré le vent qui ne faiblissait pas, en apercevoir un : il vît une tête à mi-chemin entre le porc et la pieuvre, au corps énorme et velu posé maladroitement sur deux pattes porcines et malingres. Il vit à sa hanche un immense fourreau ouvragé, et une poignée imposante en dépasser. La bête était dos à lui, et semblait sentir l’air ambiant. Il se dégageait d’elle une agilité jurant avec sa carrure, mais il n’eut pas le temps de s’en émerveiller, car la bête se retourna soudain vers lui, fit un grognement de sanglier et s’avança vers lui. Cependant le vent devint plus fort et il le perdit de vue.
Puis la tempête se fit plus faible. A cet instant il s’endormît, et quand il se réveilla, le sable montait jusqu’à ses genoux. Il avait dormit debout, sa veste serrée contre lui, et –était-ce un hasard ?- il était tourné vers le Nord, et les terribles Tours Noires, qui paraissaient avoir organisé ce massacre, comme pour présenter au voyageur un avant-goût de cet univers fou dans lequel il avait plongé.
De la faille et de sa cité, il ne restait plus rien, pas même quelques débris. Il crut entendre un dernier gémissement humain, l’ignora et se releva.
Et il continua son périple, laissant la faille et son funeste destin derrière lui.

dimanche 28 octobre 2012

Code vestimentaire, ce slutshaming à lui tout seul.

C'est une situation dans laquelle on se retrouve tous les jours. A l'école, au travail, partout.
Pour des raisons que vous savez très bien (coucou, je suis jeune et stupide), je n'ai encore testé que la situation scolaire, que je trouve déjà très lourde.

J'ai la chance d'avoir un règlement scolaire pas trop strict. Le seul point vestimentaire est le suivant: "Une tenue correcte est demandée".
Notion vague, notion fourbe.
Le principe de base, celui de la proviseure, est d'être habillé de façon opaque des cuisses à la poitrine. Avec une jupe courte (au dessus du genou), des collants sont demandé. Pas de trous dans les habits.
Le fait qu'il soit juste écrit "tenue correcte" sert à ce que chaque professeur puisse décider si la tenue de l'élève est correcte ou non.
Allo dans le bistrot, ça veut dire quoi, "chaque professeur peut décider du correct de la tenue de l'élève"?
Ca veut dire que si mes fringues ne plaisent pas à UN prof, il est en droit de me refuser.
Sauf que les professeurs, ils varient.
Je n'ai eu qu'une remarque pour mes cheveux roses, mais avec ce règlement à la con, mes cheveux, j'aurais très bien pu faire une croix dessus.
Je trouve ça un peu concon, oui.
Mais à ce que j'ai vu, ça ne s'applique pas trop. Si le prof aime pas, il te fait une critique gentille: "cette robe ne va pas trop dans le contexte de l'école, tu devrais la mettre en soirée" (et si je vais pas en soirée, j'en fais un pyjama?), une remarque acerbe: "c'est de pire en pire, Scauflaire!" (voilà, mon nom de famille, c'est Scauflaire, je pense qu'on s'en branle, j'ai des blogueuses en pote sur Facebook et j'ai toujours pas eu d'ennuis), ou l'engueulade dans les couloirs: "Tu dépasses les bornes, c'est n'importe quoi, nous ne sommes pas à Carnaval, et moi je ne suis qu'une conne intolérante et aigrie merci au revoir bisou bisou" (à part la fin, tout est très véridique), mais jamais je n'ai été chez moi changer de robe et jamais on ne m'a forcée à décolorer mes cheveux.

Et si je veux aller jusqu'au bout, merde, quoi, qu'est-ce qu'on s'en fout, de la taille de la jupe ou des trous dans le pantalon? Ca empêche les enseignants de donner cours?
Qu'est-ce qu'on s'en branle, de savoir si l'élève porte un "couvre-chef" ou pas?
On. S'en. Fout.

Y a des gosses qui se font renvoyer chez eux se changer lorsque la tenue ne convient pas. Ils ratent des heures de cours, c'est pas justifié, ils se prennent donc des ennuis dans la gueule pour une question de fringues. En 5ème (cherche pas, j'ai retranscris pour le système français, vois donc comme je suis intentionnée), ma soeur avait eu une bulle à une interro de latin à cause d'un trou dans son jean.
Un trou.
Dans un jean.
Oui, et?
C'est qu'un trou, merde!

(Tu sens l'article échaudé, y a des jurons partout, c'est la fête du slip.)

Après, le réflexe sera de me dire "mais un pantalon troué, c'est la base, c'est une question de bienséance."
Oh, great. Fais-moi donc un paragraphe argumenté sur les raisons pour lesquelles un jean troué serait impie, j'aimerais connaître tes raisons de le penser.

Donc, comme je l'ai dit, dans mon école, j'ai du bol. Dans d'autres écoles de Bruxelles, les teintures sont interdites, que ce soit rose, bleu, blond ou brun, ainsi que les mèches. Pas de jupe, aussi longue soit-elle, et vous ai-je parlé des uniformes?

Ce qui me gêne aussi, c'est l'association "tenue correcte exigée" => "jupes interdites".
Vous voyez où est le soucis?
J'ai l'impression qu'on inculque très tôt le côté réducteur de la jupe, que dès le début, on nous apprend à se ranger dans une case, celle du "politiquement correct", pas de dérapage, pas d'originalité, rien.
Je trouve ça dommage, parce qu'on pourri le cerveau des jeunes en leur apprenant ça.
Les jupes, c'était interdit à l'école, alors c'est pas correct, alors celles qui en portent, ce sont des putes.
Les T-shirt un peu larges laissant parfois un peu transparaître le soutien, c'est incorrect. Un truc de putes.
Les grands décolletés, c'est incorrect. L'attribut des putes.
Les talons trop hauts, ça fait du bruit dans le couloir. On te fait la remarque, et tu passes pour une pute.

Bref, parfois, j'ai la solide impression que le règlement sert justement à ne pas "passer pour une pute", et je trouve ce but assez insultant et déplacé, parce qu'en attendant, il n'a jamais été rien dit sur le niveau du pantalon des mecs (et quand j'ai pleine vue sur les fesses moulées dans le caleçon d'un type, et que je me rappelle que j'ai pas droit à la jupe, ça me répugne tout doucement).
Je trouve que le slutshaming est banalisé à cause de cette éducation que fournit l'école, et continue durant toute la vie avec tous les codes vestimentaires qu'on doit respecter, et qui sont, avouons-le s'il vous plait, inutiles.

Oui, je sais, sans code vestimentaire, certains se ramèneraient en pyjama au travail et...ça ne changerait rien à ta journée de dure labeur. Voilà pourquoi je suis toute énervée (COMME D'HABITUDE N'EST-CE PAS) et pourquoi j'en fais tout un article pour vous cracher ma haine, mon désarroi et ma frustration à la figure.
Mais vous commencez à être habitués, n'est-ce pas?


lundi 15 octobre 2012

Parlons donc de nichons.

L'idée de cet article m'est venue le jour où, juste après le cours de gym (éducation physique, qu'on dit, pour plus de classe), une fille de ma classe m'avait reproché l'absence de soutien-gorge sous mon T-shirt, m'obligeant à exposer ma (fabuleuse) poitrine aux yeux de tous lorsque je me changeais.
J'ai alors obtenu une discussion équivalante à celle-ci:
"Tu sais, je trouve ça gênant, quand tu ne portes pas de soutien.
-Pourquoi?
-Ben, on est obligées de voir ta poitrine, c'est gênant, quoi.
-En quoi c'est gênant? Ce n'est quand même pas mes minuscules boobs qui vont vous choquer, et à ce que je sache, je ne vous force pas à faire de même.
-Mais pourquoi tu ne portes pas de soutien?
-Parce qu'avec certaines robes, je ne peux pas. Les bretelles ont pas la bonne forme, du coup on verrait les bretelles du soutif, ça casserait toute la coupe, et parfois, j'oublie que j'ai gym et qu'ainsi, je devrai vous imposer -malheur- la vue de ma poitrine. Et puis, quand les meufs prennent leur douche dans un vestiaire, elles sont nues, nan?
-Ouais mais là, nous, on prend pas notre douche!...Tu devrais trouver un truc, mettre un bandeau en dessous, je ne sais pas.
-J'ai pas vraiment envie de me faire chier pour trouver des combines chaque matin afin d'être sure de ne gêner personne. Ce ne sont que des seins!
-Oui, mais ça gêne certaines personnes. Y en a des plus pudiques!
-Je l'ai dit, je les force pas à se mettre à oualpé. Si ça les gêne, je maintiens pas leur visage à hauteur de mes boobs, elles n'ont qu'à pas me fixer, ça dure dix secondes, je me change puis basta. Ça les traumatisera -hum- pendant deux minutes, et si je devais faire attention, je me ferais chier en permanence. Quand je me promène dans la rue en soutif, les gens sont choqués pour rien, c'est aberrant. Ce ne sont que des seins!
-Ouais ben si tu te promènes en soutif dans la rue, si les flics étaient passés, tu t'en serais pris une."



Stop, je m'arrête là.
Bon, déjà, l’amende, elle tombe dessus quand on se promène poitrine nue. Le soutien passe.
Ah oui, oui, quand j'ai trop chaud, je tombe la chemise. Et non, je ne suis pas une petite jeunette qui ne devra pas s'étonner le jour où elle se fera violer, merci, au plaisir.

Je ne comprends pas trop cette horreur du corps humain que je constate de plus en plus. Dans la rue, je comprends qu'on me fixe bizarrement quand je suis à moitié nue, t'es pas habitué, personne ne pense ou n'ose le faire, voilà, réflexe humain.
Sauf que me dire de rembarrer mes sacs de sable alors que je suis dans un vestiaire, ça commence à m'exaspérer.
Un vestiaire.
Un VESTIAIRE!
Allo!
Depuis quand une paire de seins est-elle choquante dans un putain de bordel de vestiaire? On remet tous mes principes en doute, ça me chamboule, je ne sais plus, je suis perdue.
Ça m'énerve un peu beaucoup passionnément à la folie qu'on me reproche d'oser montrer mes seins en public, en fait. C'est quoi, ce bordel? Je suis censée complexer pour les autres? J'ai pas envie de me retenir pour leur faire plaisir, je ne sais pas, qu'est-ce que ça change à leur vie de voir mes seins à l'air? Elles en ont aussi, je pense, et des plus gros, plus imposants, plus CHOQUAAAAANTS!
Je me demande si les filles sont conscientes d'avoir un corps. Si elles le regardent dans le miroir, si elles prennent le temps de s'observer, où si elles se rhabillent vite-fait aussitôt sorties de la douche. On dirait qu'elles fuient la vision du corps humain, je ne sais pas.
Et dès qu'elles en voient une parcelle chez quelqu'un d'autre, c'est la débandade, ça leur rappelle ce qu'elles ont, un corps, un vrai de vrai, avec des seins de taille petite, moyenne, grande ou énorme (je connais une fille qui en a des vraiment gargantuesques, de vraies beautés, c'est incroyable), j'ai l'impression que leur propre corps leur fait peur et qu'elles essaient de ne jamais, jamais jamais jamais y être confrontées.
Parce que voilà, ce ne sont que des seins, pourquoi être aussi choquées?



Maintenant, je vais enchaîner avec une injustice notoire reprenant le sujet de l'amende en cas de seins nus.
Les mecs. Dites-moi.
Ils ont le droit de se promener torse-nu in da road, nein?
Voilà. Les filles, elles peuvent pas. Why, les gars, why why why why why?
Ah oui, juste. Les seins sont un attribut sexuel non négligeables.
Vous êtes des princesses, les mecs, hein. Qu'est-ce qu'on en a à foutre, si nos seins ont un potentiel sessoual qui vous empêche de vous concentrer en bagnole? C'est juste un peu votre problème, pas le nôtre, et on a pas à payer pour vos défauts.
Et si ce que je viens de dire est un énorme cliché, si vous êtes gentils et que les seins, c'est juste joli, décoratif, doux au toucher et que ça prend pas de place, je ne vois pas pourquoi on s'inquiète de leur exposition en lieu public. Ça ne vous choque pas, les gars, de passer pour des animaux incapables de réfréner leurs pulsions? Parce qu'à mes yeux, cette loi sur les seins, c'est bien à cause de ça, hein? Afin d'éviter les "dérapages".
On vous fait vraiment passer pour des trous du cul, les mecs, et à force de cacher le corps féminin, on passe pour des putes dès qu'on ose le montrer.
Qui est gagnant dans l'histoire? Personne, je suppose.



Ah oui, ah oui, y a vraiment des tarés prêts à violer la moindre nana en bas-résilles. Ah oui, juste.
Mais encore une fois, ce n'est pas à nous d'être punies pour un crime que nous n'avons pas commis. En plus, on l'aura remarqué, hum, le violeur, là, il a pas vraiment besoin d'une jupe pour te sauter dans une ruelle. Ça te sauvera pas, l'ensemble baggy+sweat.
Alors que je me dis que si le corps était moins caché, les gens seraient plus à l'aise avec sa vision, il serait peut-être plus banalisé, et peut-être y aurait-il moins de viol.
Et si t'as vraiment envie d'éviter le viol, tu renforces la sécurité dans la rue, ça fera des emplois en plus, ce sera cool, allez.
Et puis, hein, si vous voulez passer pour des gens sympas contra-viol, faites les choses bien et essayez que les minettes ne soient pas traitées comme des merdes une fois arrivées au commissariat pour porter plainte, je vois beaucoup trop de témoignages du genre, j'arrive pas vraiment à trouver ça normal.
Et les peines d'un an de taule pour viol (si si, c'est arrivé), ça aussi, je trouve ça assez pathétique, quand on essaye de protéger la femelle en limitant son code vestimentaire. Les gars, revoyez vos lois, elles sont détraquées, ça fait moche.


Et je ne vous rappelle pas la règle sociale des mots interdits, comme "vagin" (j'en ai eu la preuve ce midi, à première vue, ça passe pour un élément du corps vachement dégueulasse) (VAGINA IS RAINBOW!) (pardon) . Ça aussi, ça m'agresse le neurone.

Un corps, c'est un cheval de bataille.
C'est pas un fléau.
C'est pas quelque chose de dangereux, ni de mauvais.
C'est joli.
Tu peux faire des trucs cool avec, je te fais pas de dessin.
C'est pas quelque chose de purement sexuel, c'est pas lustful, c'est ce que tu veux que ce soit en fonction de ce que tu as envie d'être.
C'est pas obscur.
C'est pas dégoûtant.
C'est un corps. J'en ai un, tu en as un, ta voisine en a un, ton copain en a un, ta tante en a un, le président en a un, alors s'il te plait, arrête d'avoir honte de lui et de celui des autres, c'est relou.

mercredi 10 octobre 2012

Rondes, je vous embrasse tout le corps.

En tout bien tout honneur.

Autant le dire tout de suite, je commence cet article (alors que je suis censée faire une pause pour ma nouvelle) (bien sûr) (je suis quelqu'un de très occupé), et j'ai les chocottes.
Parce que je trouve que ce sujet est assez sensible, en fait, qu'il crée vite polémique, que je vais peut-être m'en prendre plein la gueule (et j'ai trop peur), parce qu'on me dira que je sais pas ce que c'est, que j'ai rien à dire, qu'avec mes 60 kg j'ai plus qu'à fermer ma gueule, que je suis ni trop ronde ni trop maigre et que du coup, j'ai pas vraiment à me prononcer sur le sujet: j'ai jamais vécu ça.
(Si, j'ai été en surpoids à 8 ans, et j'étais COMPLEXÉE!)
(A 8 ans! Genre ça commence à 8 ans. Bordel.)
(Bref, je ne sais pas ce que c'est.)
Enfin soit, l'idée d'écrire ce billet me trottait dans la tête depuis plusieurs semaines, mais je ne m'étais jamais lancée. Puis, je suis tombée sur un article de blog à base de cellulite qui se voit sous le leggin et c'est trop dégueu', tu vois. Bref, j'ai perdu une blogueuse à lire.
Ça m'a décidée, fallait que je m'exprime.
Héhéhé, je sais même pas par quel point je vais commencer, ça va être droule.

Déjà, cet article, bien que sans doute lèche-botte (avec toute la bonne volonté du monde, je n'arrive pas à me dépêtrer de la certitude qu'il terminera sur ce ton), n'a rien d'hypocrite. Parce que j'ai l'habitude de penser ce que je dis, parce que j'ai vraiment envie de communiquer ce à quoi je songe, et parce qu'il m'a toujours été insupportable de voir une femme complexer comme une folle à cause d'un surpoids que j'ai toujours trouvé, personnellement, incroyablement sexy.
Monomaniaque, fétichiste des kilos, je ne sais pas, mais je préfère largement les rondes aux filles standards,  minces, maigres, que sais-je. Je ne veux pas dire par là que je dénigrerais ces dernières, j'aime chaque type de corps, seulement, je trouve que les rondes ont chaque fois plus de prestance. Et je n'ai jamais compris pourquoi je pensais ça, d'ailleurs, mais c'est un fait.

Ce qui m'a amenée à me demander pourquoi tant de gens dénigraient les rondeurs, pourquoi on insultait les rondes, pourquoi on les jertait des catalogues ou des magasines, pourquoi les rondes elles-mêmes tentaient de cacher leurs formes ou de s'en débarrasser. J'aimerais savoir comment ça a commencé, pourquoi les rondes ont commencé à se faire complètement rejeter, comment le mot "gros" est devenue une injure, comment cette silhouette est devenu le complexe de beaucoup et la crainte de tout le monde.


La crainte, parce que je ne compte plus le nombre d'ados que j'ai écouté se plaindre de leur graisse, de leurs kilos en trop, de leur obésité, du fait qu'elles devaient arrêter de manger autant.
Sauf que voilà, elles étaient aussi grosse que je suis une loutre. 
Je trouve cette ambiance assez malsaine, ce complexe bien trop récurrent, ça commence un peu à m'étouffer de voir sans cesse des filles culpabiliser au moindre éclair au chocolat grignoté, à la moindre semaine sans sport, de les voir regarder chaque grille calorique des emballages de ce qu'elles mangent, de les voir faire leur bilan de la journée, alors qu'il n'y a aucun mal à manger et à prendre un peu de poids si ça arrive.
Et même en prendre beaucoup ne sera jamais un drame.

Je ne parle pas ici des problèmes de santé liés à l'obésité. Quand il y a soucis médical, il y a soucis médical. Mais ce qui me chagrine, c'est le complexe qu'engendrent les rondeurs. Je le trouve bien trop présent. Pour moi, le retour vers un poids sain ne devrait pas être un tel couloir de tristesse, ce devrait être plus serein, ce devrait être "un problème de santé qu'on supprime lentement".

J'en veux aussi un peu (beaucoup) (bon, ok, en fait, énormément) (KILL THEM AAAAAALL) à certaines personnes non concernées par un problème de surpoids ou d'obésité. Pas la catégorie des "je suis grosse aimez-moi je dois arrêter de manger entre les repas je fais déjà 50kg" (qui, pourtant, ne se gênent pas à côté pour faire ce qui va suivre), celle des connards, tu vois de laquelle je veux parler. Ils agissent en plusieurs points:

1. Les p'tits cons de rue
Ceux qui te traitent de grosse vache dans la rue et se foutent de ta gueule comme si t'avais que ça à entendre. Excellent pour démarrer la semaine de bonne humeur.

2. Le préventif
Lui, il est là quand ton poids est tout a fait standard et lorsque tu essaies de te faire plaiz' avec un truc bien sucré. "Tu devrais faire attention" en collaboration avec "Ça représente beaucoup de calories, ça, tu sais" pour un discours moralisateur pro-minceur du meilleur goût.
Quand ça m'arrive (souvent), j'adopte la carte du...


Et v'là qu'on me répond "tant pis pour toi, viens pas te plaindre si tu deviens obèse."
DUDE, C'EST DU GÂTEAU AU YAOURT! C'EST PAS L’ENTIÈRETÉ DES RÉSERVES DU BURGER KING!
(MORUE!)
Et puis, je me dis que s'il savait que le jour où j'ai presque arrêté d'entrer dans ma jupe Hell Bunny, j'ai été le gueuler sur Hellocoton, morte de joie et de volupté, il le croirait pô (quand je dis que je trouve les rondeurs sexy, je suis sérieuse).
Nous, les femmes (et les hommes, mais dire "nous, les humains", ça sonnait moins bien sous la cloche), nous sommes voués à avoir peur de grossir, on n'a pas le choix. Si on nie, c'est qu'on ment allègrement.

3. L'observateur
Tu sais, celui qui repère le moindre de tes défauts, le cible, puis te fait bien savoir qu'il aime pas trop voir ça dans son champ de vision. Toi, t'es bien, t'as un défaut (exemple ici: un bidon mignon) (parce que tout le monde a un bidon) (sauf Mercutio) (pétasse), mais t'essayes de l'oublier, de te dire "beh t'façon, tout le monde s'en fout, je suis la seule à m'en inquiéter!", et ça fonctionne.
Jusqu'à ce que l'Observateur arrive, et en pleine discussion, te lance d'un ton mi-gentillet mi-moqueur mi-préventif (l'Observateur, c'est le diable):
"Attention, hein, dis! C'est quoi, ce bidon?"
Et même qu'il t'enfonce le doigt dans l'abdomen pour être sûr de te donner envie de creuser un trou dans le sol pour y enterrer ton bidon mignon.
Si tu veux savoir, je hais les observateurs.

4. La mère bienfaitrice
Elle, j'en envie de l'enculer avec une barre de fer rouillé, si tu savais. Je te cadre: la Dame, elle a une gosse, et cette gosse a un léger embonpoint. Rien qui ne la mette en péril, quelque chose de très léger.
Et BAM, contrôle over-strict de sa nourriture, pas de céréales au chocolat, pas de sucre, pas de pâtisserie, pas de beurre, plus RIEN! Et on m'a appris récemment qu'une amie à une connaissance, à la silhouette très fine, n'était nourrie que de salades, pratiquement, sous ordre de sa chère maman, au régime elle-même depuis plusieurs années.
No me gustache.

5. La dégoûtée
Ah, tiens, la voilà. Elle, je l'adore. Elle a perdu toute notion du "corps", et elle ne voit plus qu'un outil d'esthétisme, un tas d'os, de chair et de peau. Faut que ce soit joli, bien étiré, parfait. Et si t'as le malheur d'avoir plus de cellulite qu'elle, cache-la, c'est dégoûtant. 
Dégoûtant.
Les filles, quoi, merde, comment on peut dire "ça me dégoûte" en parlant de quelqu'un? Ça m'a toujours dépassée. 
C'est la même qui te dira que telle tenue aurait très bien été si t'avais été plus mince. Mais voilà, t'es grosse, alors c'est juste immonde. Et cette jupe montrant ta graisse qui pendouille me dégoûte, aussi.
J'ARRÊÊÊÊTE CE POINT, sinon je vais m'étendre et je vais pas dormir.

Bref, les gens n'aiment pas les rondeurs. Ni chez eux, ni sur leur eux futur, ni sur les autres, ni sur toi qui n'as rien demandé, excepté qu'on te laisse arborer ton joli corps en paix.

Maintenant, je tenais à donner mon avis sur les régimes. j'ai souvent eu du mal à me fixer là-dessus. J'ai d'abord été complètement contre, car je voyais ça comme de l'auto-flagellation et une course-poursuite avec un corps qu'on n'atteindrait jamais. Trop de régimes yoyos en ce bas-monde.
Sauf qu'après, j'ai compris que certaines femmes se trouvant vraiment trop rondes le faisaient à la fois pour ne plus être mal dans leur peau, mais aussi pour les fameuses raisons de santé.
Ai-je le droit de les blâmer?
Ce qui me pose plus de problème, c'est le régime-réflexe, celui que tu fais, mais tu ne sais plus pourquoi. Celui que tu fais à cause d'une culotte de cheval, d'un éventuel bidon mignon (encore lui), de fesses un peu flasques.
Souvent, les résultats escomptés n'arrivent pas, mais on continue, on s'obstine, on complexe, alors qu'il prend moins de temps d'apprendre petit à petit à accepter son corps.
Parce que je le répète, un corps est beau lorsqu'on prend soin de lui (non, en fait, ça, je l'avais pas encore dit). Une femme peut être aussi ronde qu'elle veut, je pense que si elle prend soin d'elle et prend le temps de se faire jolie le matin, personne n'aura le droit de la trouver moche. 
Je dois faire partie des salopes beuglant "qu'il n'y a pas de filles laides, juste des filles qui ne prennent pas soin d'elle". 
(Il y eut un jour quelqu'un qui dit "il n'y a pas de filles laides, juste des filles fainéantes". On confond pas, ça, c'est juste salaud.)
Je compléterai juste ma devise précédente en disant "toutes les filles préparées sont belles, mais toutes les filles "naturelles" ne sont pas laides." (où sont les rames? T_T)
Je me sens bancale dans mon raisonnement, c'est horrible. 

Voilà.
Voilà.
Je voulais juste vous dire que je comprenais pas tout ce rabaissement autour des rondeurs, qui sont pourtant présentes sur tant de mondes. Ce n'est qu'un adjectif. Il y a des blondes, des brunes, des rousses, des minces, des rondes, des grandes, des petites, et aucune ne vaut moins qu'une autre, c'est idiot.

Et si finalement, vous voulez savoir pourquoi je m'évertue tant à dire "ronde", ce mot jugé hypocrite, à la place de "grosse", tout de suite plus franc, c'est parce que je ne supporte pas d'employer un mot raclant la gorge et désagréable à prononcer pour désigner d'aussi jolies courbes.
*remet sa toge et s'en va*

[A fait la Une Hellocoton le 11 octobre  2012]

Il me dit de ne plus les écouter. Mais ils ne veulent pas s'arrêter de parler.


Tes goûts vont changer.
On n'est plus la même fille à 18 ans qu'à 16 ans.
Je pense pas que ta vie ressemblera à ce que tu imagines.
Faudrait parfois que tu arrêtes de rêver.
Grandis un peu.
Si j'étais toi, je me ferais pas trop d'espoirs.
Tu ne seras certainement pas avec lui toute ta vie.

Je me suis mise à pleurer dans le métro, en rentrant chez moi. C'est fini, c'est entré. J'arrive pas à me dire qu'on sera toujours tous les deux, que je n'ai pas à m'inquiéter.
J'arrête pas de penser au jour où l'un de nous deux dira à l'autre qu'il ne l'aime plus. J'ai une peur bleue que ce soit lui. Et d'un autre côté, l'idée que ce soit moi me répugne. Et ça m'énerve, j'imagine mille scènes, j'arrête pas de changer d'alternative, de voir des centaines de manières avec lesquelles ça pourrait se finir, et j'en veux à cet entourage qui a réussi à détruire ce que j'avais de plus agréable en moi: la certitude de ne plus jamais être seule.
Je commence à me demander pourquoi ils font ça. Quel est leur but? Pourquoi toujours chercher à détruire le bonheur et l'espoir des autres? J'en ai marre d'eux. Si je pouvais arrêter d'écouter les gens, je me sentirais mieux. Ils sont les auteurs de chacun de mes mal-êtres, si vous saviez comme je les hais.
Je ne serai pas à leur niveau, je ne serai pas fataliste, je veux les voir mourir plutôt que de les voir sourire cyniquement en voyant mes désillusions se pointer une à une. 
Un jour, faudra que je leur pose la question.

"Ça vous apporte quoi de me dire ça, très exactement?"

Entre nous, je me lasse des adultes. 
Ha. Dire ça me donne encore plus l'impression d'être moi-même immature. Coucou, je suis en crise, l'école c'est inutile et les adultes sont cons! Mais voilà, à les entendre, on dirait que leur seul but est de rabaisser le monde pour le mettre à leur niveau, de ne plus rien vouloir à part les choses les plus proches d'eux. Et quand quelqu'un se désespère, il préfère faire couler les autre avec lui. On se sent moins seul en Enfer.


mardi 2 octobre 2012

Freak

Ou le syndrome de l'imposante plante verte.

Ce mot est ressorti lors d'une discussion, et lorsque j'ai dû trouver une définition, j'ai sorti:
"Un freak, c'est à la base quelqu'un d'anormal, quelqu'un que tu exhibes dans les foires, par exemple, dont tu te moques. Sinon, tu utilises ce terme pour parler de quelqu'un que les gens considèrent plus comme un personnage que comme une personne, parce qu'elle est très bizarre."



Les gens (j'aime bien utiliser ce mot d'un ton méprisant, du genre "je vous déteste tous, bande de sous-êtres"), lorsque tout va bien, lorsque rien ne les perturbe, ils sont contents. Puis, quand quelque chose qu'ils n'ont pas l'habitude de voir surgit, ils sont tout perdus, ils supportent pas.
Et dans leur tête, il se passe toujours le même truc:
La meuf, avec son piercing dans le naseau et ses cheveux mauves, c'est plus du tout une jeune femme avec des pensées, des sentiments, une ÂÂÂME, vois-tu.
C'est un personnage. Un élément du décor. Un cadeau de Dieu offert à ta bonne vue pour que tu puisses critiquer à ton aise et te moquer d'elle avec tes potes, puisqu'elle est là pour ça.
Parce que bon, hein, qu'elle soit à un mètre de toi ou pas, tu t'en moques. C'est une plante, elle est là pour qu'on la commente sur son apparence, elle pense pas, de toute façon.
(Parce que bon, déjà, si tu penses, tu te fringues pas comme ça.)
(Sapristi.)
En fait, t'as même pas besoin d'avoir les cheveux bleus où une totale tenue de chez BlackMilk pour être considéré comme tel. Il suffit juste que tu conviennes pas, et à partir de là, tu perds toute humanité aux yeux des autres, et les commentaires commencent.
C'est si drôle, de s'amuser à jauger les vêtements des autres avec ses copains. Toi, petit être commentateur, t'es cool, tu t'habilles bien, au moins.
En plus, t'es un peu fier, t'es comme Blair et Chuck, dans Gossip Girl. T'as la classe, t'es "swag", t'as un sens inné du bon goût, et tout le reste, c'est des teignes. Faut les écraser. Alors tu écrases. Parfois dans leur dos, avec tes potes, parfois, oui, à un mètre d'eux, en descendant les escaliers de ton lycée, par exemple (ça pue pas du tout l'expérience perso, non), parfois tu leur dis en face, et tu t'en fous si ça les ruine.
Ruiner qui?
Ils sont là pour ça.
Si cette personne se retourne et te répond, c'est encore mieux. Regarde la, elle s'excite toute seule, alors toi et tes potes, ça te fait encore plus marrer.

Quand t'es looké à l'extrême, même ta famille finit par ne plus t'accorder la moindre crédibilité. Tu deviens l'élément marrant du repas familial, la source des commentaires, le sujet d'une discussion complète.

Et personne n'essaie de savoir quel est ton caractère. Ils retiennent qu'une chose: t'es original.
Ah ouais, cool.
Et ensuite?
On  t'aime ou on te déteste pour ce que tu parais, pas pour ce que tu es.
Tu peux aimer Shakira, si t'as une crête rouge, personne ne le croira. Ou alors, on te dira "de toi, je l'aurais pas cru".
T'as pas vraiment le droit d'avoir les goûts que tu veux. Les gens veulent que tu sois comme ils croyaient que tu es. Ça simplifie les choses, c'est mieux. Pas de variation, pas d'exception, tel goût pour telle personne.
Tu deviens un stéréotype.
Un personnage, quoi.
Et on continue de t'insulter devant toi comme si t'étais pas là pour le remarquer. C'est très étrange, comme comportement, pour finir. Il n'y a plus de politesse, de bienséance, plus rien. Tu deviens un bouffon, un clown, tu amuses la galerie, et tout le monde pense que tu l'as voulu ainsi.
Personne ne détourne le regard d'un air gêné quand tu les surprends en pleine observation. Plus personne ne fait semblant de n'avoir rien vu. Plus personne ne fait gaffe.
Ils se rendent pas compte que tu les vois te fixer et que ça te gêne.
Ils sont libre de te regarder s'ils veulent sans aucun problème.
Tu fais partie du décor.
T'es pas humain.