jeudi 9 août 2012

"Non, non toi, je ne veux pas te parler"

She said.
Ou pourquoi j'attaque toute personne intolérante et en fais mon mode de vie.

Il y a deux ans, en cours, j'ai rencontré une fille qui venait de changer d'école. Nous avions 14 ou 15 ans, elle en avait 17, et plus tard, elle nous a expliqué qu'elle avait arrêté l'école pour dépression.
Elle avait été victime de harcèlement scolaire, et à l'instar d'une autre de mes amies, elle n'avait pas supporté.
Elle retournait donc au lycée en espérant que tout se passerait mieux.
Elle rejoint notre groupe de potes et, pendant l'année, se met en couple avec l'Artiste (première entrée en scène de ce mec dans ma vie). Tout se passe bien, jusqu'à ce que leur relation se détériore de plus en plus. Ça se termine aux deux tiers de l'année, et l'ambiance explose. Les disputes sont courantes, on crache dans le dos de l'Artiste, et quand je me souviens de cette période, c'est presque le chaos, je ne me souviens de rien.
Ou alors, je refuse de me souvenir.
Parce que j'ai pas mal joué dans cette histoire, vers la fin de l'année, à mettre de l'huile sur le feu par bidons de dix litres. J'étais tellement méchante et conne, il y a deux ans.
L'année se termine, l'Artiste change d'école, et l'année suivante, on pense que tout est fini, qu'il n'y aura plus de problème.
Je me rapproche d'autant plus de Céline, mais vers janvier, tout se détériore. Il y a de plus en plus de tensions, elle est de plus en plus déprimée, fond parfois en larmes et finit par ne plus jamais revenir en cours.

Bizarrement, je n'y ai pas prêté énormément d'attention. Je ne pensais pas beaucoup à elle, malgré que ce qu'il lui arrivait était relativement grave.
En avril, l'Artiste nous a conduit chez elle, moi, Winchester, Panda et Mercutio.
On a sonné à l'interphone, et lorsque que quelqu'un a répondu, Winchester m'a fait signe d'avancer.
"Hiuuuu, bonjour, on aimerait juste parler à Céline*, s'il vous plait."
C'était elle.
"Ah, ah non, non. Toi, je ne veux pas te parler. Réfléchis à ce que tu as fait."
Je reste coite (on est lente à la détente jusqu'au bout ou on ne l'est pas), je me tourne vers les autres. Mine interloquée de Mercutio, regard lourd de reproches pour Winchester et un petit "Nanaïs, elle parle de quoi?" de la part de Panda.
Eh. Aucune idée. Je commence à buguer de longues secondes. Winchester me dit de sortir rejoindre l'Artiste resté dehors et réappuie sur l'interphone.
Une fois seuls, l'Artiste mis au courant de la chose et moi tentons de trouver ce que j'avais pu faire par le passé. Il n'y a rien qui vient.
L'idée que j'avais un peu étendu le problème l'année précédente m'a traversé l'esprit, mais Céline m'avait bien dit que je n'avais rien fait de bien grave et qu'elle n'avait pas à m'en vouloir. De plus, c'était devenu du passé, c'était bien trop soudain pour être la véritable faute.

Winchester finit par sortir nous chercher. Il avait discuté avec les parents de Céline, qui avaient décidé de nous laisser entrer lui parler. Je commence à angoisser comme une folle, je rejoins tout le monde dans l’ascenseur, l'Artiste ayant décidé d'aller manger un truc, histoire de ne pas se montrer, et c'est les yeux baissés que j'attends que nous arrivions au bon étage.
Céline nous accueille et fond en larmes (cette histoire a un côté assez tordu que je ne saurais expliquer), faisant la bise à tout le monde avant de me prendre dans ses bras et s'excuser. "J'avais paniqué."
Genre j'y crois.
Genre je n'ai rien fait et, prise d'une inspiration divine, elle aurait sorti ça tout de go en ne partant de rien.

Nous restons plusieurs heures attablés chez elle à papoter et à plaisanter.
Sur le coup, j'ai vraiment cru que tout était arrangé et qu'on allait reprendre contact.

Nous sommes rentrés, je lui ai envoyé un message, je n'ai jamais eu de réponse.
J'ai oublié cette histoire pendant un long moment, et récemment, j'y ai repensé. De nouveau, un message pour lui demander de simples nouvelles.
Pas de réponse.
Et j'ai remarqué qu'elle avait supprimé tout notre groupe de ses amis Facebook, signe qu'elle avait décidé de couper définitivement les ponts.
Claque dans la gueule.
Je me suis dit "bah écoute, elle était de nouveau mal avec nous, autant qu'elle coupe les ponts pour se sentir mieux".
Mais d'un côté, je me dis que je n'y suis pas pour rien, que j'ai vraiment fait quelque chose de mal, que j'aurais pu ne serait-ce que l'écouter quand elle avait vraiment l'air d'aller mal, et je me dis que je n'ai définitivement rien fait pour elle.
Et comme une gourde, je repense à tous les bons moments passés avec elle alors que je ne devrais pas. Mais quand je me rends compte, tout chez moi me rappelle que nous étions amies.
Mon carnet d'inspiration. Cadeau de Noël.
Ma peluche préférée. Pour mon anniversaire.
Un poster de manga. Elle avait pris le même, en même temps.
Ma robe noire. Portée à Halloween et à la Japan Expo, deux évènements passés ensemble avec une troisième amie.
Mon polaroïd, acheté en commande groupée.
Chaque objet a son anecdote. Chaque objet a son souvenir.
Et je me rappelle que ce soir-là, elle m'avait clairement dit qu'on était de vraies amies, et je me demande où tout cela est passé, et ça me refilerait presque la nausée, parce que je ne comprends pas, et en même temps je m'en veux d'avoir été aussi je-m'en-foutiste.
J'en ai pleuré toute la nuit tellement elle me manque, aussi soudainement que cela puisse paraître, et je me sens complètement impuissante, parce que plus jamais je ne pourrai lui parler.


Je repense à ces filles qui s'étaient tellement moquées d'elle dans son ancienne école, et je me dis que si elles l'avaient laissé en paix, Céline ne serait pas devenue aussi "fragile", elle irait mieux, et j'en veux à ces pétasses que je n'ai jamais rencontrées.

Ma plus chère amie a elle aussi vécu cet espèce d'égoïsme cruel dont font souvent preuve les pré-adolescents, et maintenant encore, elle n'a pas oublié.
Et elle n'oubliera jamais.

Et ce qu'elles ont toutes les deux vécues, c'est l'intolérance facile et impunie qu'on voit tous les jours, toutes les heures, tout le temps, dans la cours de récré. Et personne n'y prête attention parce que "tout le monde fait pareil". Tout le monde critique, tout le monde se moque, c'est "normal".
Normal.
Personne n'essaie de résoudre ce problème récurrent, et un jour, ça détruit quelqu'un.
Et encore une fois, personne n'y prête attention.
Parce que critiquer, c'est normal.

(*) Je n'ai pas trouvé de pseudonyme adéquat, alors j'ai préféré juste changer le prénom.

7 commentaires:

  1. quand on est jeune, on pense pas à tout ça...je comprend que cela te fasse mal, quand je revois les signeaux d détresse de ma Céline à moi et que je n'ai au final rien fait, moi aussi je me sens mal... Sauf qu'on ne pourra plus jamais rien faire pour elle. Définitivement.

    Ce sentiment de regret qui te donne envie de retourner dans le passé et de tout changer, ce sentiment de honte et d'impuissance ou tes dis "mais qu'est-ce que j'ai été conne!", je connais... Et le pire c'est qu'on sait qu'on ne pourra plus rien changer. Et dans ton cas tu peux espéré qu'elle ai trouvé la bonne oreille au bon moment.

    La persécution scolaire, c'est très difficile à supporté, ou tu t'isole un peu dans ton monde ou tu craque. Et le pire ça amuse les autres, parce qu'il faut un vilain petit canard, pour se sentir mieux que la cette personne que tu tue à petit feu. Mentalité de masse de Merde!

    et revanche le Mokona, il est chouette.

    et ca va être très difficile de te voir avant le 13... parce que je suis blendée niveau boulot. en plus je passe mon we dans ma seconde résidence.

    En revanche je suis dispo le 15 et le 16, ainsi que le 18. (le 19 j'ai qqch de prévu ;)<= signe de complicité hein! :D )

    Pour revenir au sujet de discussion, vraiment, vraiment, je comprend ce que tu ressens. dis-toi que je pose une main compatissante sur ton épaule et que je te prend dans mes bras.
    Mentalement, je suis près de toi.

    Courage .

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    1. Quand tu dis que quand on est persécuté, soit on s'enferme, soit on craque, je tilte tout particulièrement, parce que Mercutio, pour tout te dire, a quelques problème avec les autres de l'école. Il est très renfermé, et l'Artiste et moi cherchons les causes, et justement, je me demande si ce n'est pas à cause de ça. Est-ce que je dois alors en être soulagée en pensant à une autre façon qu'il aurait pu avoir de réagir?

      Je dois juste vérifier les jours où j'ai mes cours de rattrapage et je te dis quand on peut se voir. J'espère vraiment que ça va se faire!

      En tout cas, merci beaucoup, beaucoup pour ton message é.è

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  2. ah...j'avais oublier que tu avais des rattrapage (grosse courge ici)
    disont que moi, j'ai préféré me renfermer sur moi même et m'isoler de ce monde absurde que de les écouter. je dis pas que ça m'a pas touchée mais c'était la seule solution trouvée à l'époque . Ou sinon je voilais les tuer tous! (mais nan, ca fait pas beau!) Et la persécution scolaire est très mal vue et acceptée en plus. De la part de l'enfant, des profs et des parents. C'est vraiment une grosse problématique, mais j'ai pas envie de m'étendre dessus, j'ai encore pas mal de boulot ici, et j'ai qu'une heure pour le faire. (non 1/2 là!)

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    1. Ah beh voilà, mes cours commencent le 20, donc on pourrait se voir le 15? =D

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    2. oui génial ;) par contre ce serai chouette de me renvoyer ton adresse en mp sur le fofo car je l'avais supprimée pour évite qu'elle ne tombe ds de mauvaise mains XD

      Cari (je poste depuis le pc portable de darling :D)

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  3. C'est peut-être horrible, mais en lisant cela, je suis surtout jalouse de cette Céline qui t'a eue, toi, les autres, des amis prêts à venir prendre des nouvelles chez elle. Je pense que ce qui m'a surtout pesé dans ma scolarité, outre l'animosité des autres, les moqueries, la façon qu'ils ont de t'éviter et de t'ignorer (je suis invisible), c'est de n'avoir pas eu un(e) seul(e) ami(e). Zéro. Personne. Seule au monde. Les gens prennent pour acquis qu'on a toujours au moins un ami, surtout à l'école, mais moi je n'en avais pas.

    Et c'est vrai, même quand les choses s'arrangent, on est allé tellement loin au fond du trou qu'on n'arrive même plus à remonter... Et le cercle vicieux de la culpabilité commence. Pourquoi ne suis-je pas heureuse alors que j'ai désormais tout pour être heureuse ? Parce que je ne le mérite pas... Et on se détruit, on se détruit, on se détruit. Aujourd'hui ça va mieux, mais ça a pris des années. Il ne faut pas perdre espoir. :)

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    1. Ne pas recevoir de visites quand ça ne va pas n'est pas une preuve qu'on a pas d'amis. Je pense qu'il faut avoir l'idée, le temps, et vu les mois qu'on a mis pour aller la voir, je ne pense pas qu'on puisse parler d'amitié, malheureusement.

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