mardi 1 mai 2012

Je vous demande de rester!


"Je me surprends à désirer de mourir à trente ans, dans toute la splendeur de la vie, dans les roses de l'amour, au sein des voluptés, de m'en aller rassasiée, sans mécompte, ayant vécu dans ce soleil, en plein dans l'éther, et même un peu tuée par l'amour, n'ayant rien perdu de ma couronne, pas même une feuille, et gardant toute mes illusions..." (1)



On va dire que ça ne va pas fort, depuis l'autre jour.
Je pense que la mort d'une blogueuse nous a toutes ébranlées, qu'on la connaisse ou non, qu'on l'aie déjà lue ou non.
Le soir où j'ai appris la nouvelle, je suis sortie dehors, dans la nuit, pour me promener. J'aime beaucoup ce moment-là, où je marche la musique à fond, seule dans la rue, sans personne pour me dévisager. Quarante minutes plus tard, lorsque je suis revenue devant la maison, j'ai attendu quelques secondes que Wilson, ce con de chat (oui, j'aimais bien l'appeler "ce con de chat". Il était benêt, c'était pas de sa faute), vienne me rejoindre pour qu'on rentre tous les deux en même temps.
Je me suis retournée, j'avais cru l'entendre. Il n'y avait rien.
Ah mais oui, juste.
D'un coup, j'ai été prise d'un drôle de malaise. J'ai pensé à Mercutio qui m'avait parlé le jour-même de la façon d'où il voulait mourir, concluant par un triste "Je vis pour mourir, en fait", j'ai pensé à une connaissance qui n'allait pas bien du tout, à Elena et à sa tentative de suicide, à ma tante décédée d'un cancer à Noël, à Wilson et finalement à cette blogueuse.
Alors qu'avant, je ne connaissais aucun décès, maintenant je me rends compte que la mort n'a jamais été aussi proche.
Sachez que je n'ai pas peur de la mort. Non. Je la déteste.


Vous n'êtes pas sans savoir que dans l'adolescence, il y a beaucoup de complexes, de mal-être, de problèmes, d'angoisses, de bridage, de frustrations, qui bout à bout amènent parfois, et si j'ose le dire, souvent, à une bonne grosse déprime.
Une bonne grosse déprime qui parfois reste.
Et ajoutez à ça un problème plus grave, rejet, harcèlement scolaire, tout ce que vous voulez, et vous obtenez une dépression. Quand on met le mot "adolescent" et "dépression" dans la même phrase, ça fait souvent rire les adultes, et même parfois les autres ados, ceux qui vont bien, qui ne se sentent pas concernés. Ça fait "attention whore", ça fait cliché, c'est mal vu, le plus souvent, le gosse, il passe jamais à l'action, mais parfois, il le fait.
Parfois, on sait pas pourquoi. Parfois on le sait, et on enrage.
Parce qu'à l'adolescence, parfois, c'est la faute des autres. Mais les Autres, ils s'en foutent. Alors que s'ils s'en rendaient compte, ça pourrait peut-être sauver ta copine.
Toi, t'es là, tu peux rien pour elle, et t'as juste à prier chaque jour pour que, si elle est encore en vie aujourd'hui, cela puisse durer encore longtemps.
J'en ai marre de voir les gens mourir autour de moi, sachez-le. Je me dis qu'il y en aura encore. Qu'il y aura encore des accidents, de la vieillesse, des suicides, et que j'y pourrai rien, et cette pensée me fait peur.
Je regarde chaque personne à qui je parle en me demandant si ce ne sera pas elle, la prochaine. Quand je lis les textes d'Elena, où elle s'ouvre, où elle dit ce qu'elle ressent, et que je me rends compte que les Autres n'ont toujours pas compris qu'ils la mettaient en danger, j'ai envie de pleurer. Quand mes yeux se posent sur Bess et que je calcule le nombre d'année que compte la longévité féline, je pose ma main sur sa tête en espérant que cela puisse lui insuffler plus de vie. Quand je regarde mes grands-parents, je panique. Quand Mercutio parle de mort, je sais qu'il ne plaisante qu'à moitié, et je me mords la joue.

J'en ai marre d'avoir le coeur qui se sert littéralement quand je pense à un "Avant" où chaque personne était encore là. Quand ma tante m'ordonnait presque de me teindre les cheveux en rose, parce qu'elle trouvait ça chouette chez les goths. D'ailleurs voyez, ça m'a obsédé à partir du moment où je l'ai vue au crématorium. Quand j'attends encore devant la porte d'entrée que Wilson me rejoigne. Quand j'allais voir Elena en métro parce qu'elle avait pas encore déménagé dans un autre pays, presque forcée par ces Autres qu'elle a finalement retrouvés, d'une certaine façon. Quand tout allait bien, en fait.

Je peux réussir à aller bien, à faire mon deuil de chacun d'entre eux. Je pourrai réussir à changer les idées de ceux qui vont pas bien. Mais je ne pourrai jamais faire face à ce qui nous attend tous.
Je pense que je vais perdre des dents, cette nuit.
S'il vous plait, profitez de votre vie.


(1) "Mémoire de Deux Jeunes Mariées", Honoré de Balzac


[A  fait la Une Hellocoton le mercredi 2 mai 2012]

18 commentaires:

  1. J'ai presque eu les larmes aux yeux de te lire...
    Je n'étais pas au courant pour cette blogueuse, qu'est-ce qu'il s'est passé ? =/

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    1. Gênée de te l'apprendre, je ne l'avais jamais lue, je ne la connaissais pas. Son conjoint est venu nous apprendre sur Hellocoton que Shoeaddict était décédée il y a quelques semaines dans un accident de voiture. Désolée de te l'apprendre é.è

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  2. Faut pas broyer du noir comme ça. (dit la plus grande "optimiste" *ahem* que le monde ait porté...)

    Je tenterais bien de te dire un truc pour te remonter le moral sauf qu'en fait je ne vois pas quoi dire car il n'y a pas de solution à ce "problème"...

    [Commentaire utile s'il s'en faut.]

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    1. C'est toujours utile, un commentaire. Rien qu'à savoir que tu aimerais me remonter le moral, je trouve que ça sert. :)

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    2. Ah ben alors tant mieux, c'est déjà ça. ;)

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  3. La déprime, parfois, souvent même finit par passer au fil des années, mais je ne connais pas grand monde pour qui ça ait été simple. Et c'est vrai qu'hormis soutenir et être présent, tu ne peux malheureusement pas faire grand chose d'autre..

    C'est con, je ne sais pas trop quoi te dire de plus.. courage en tout cas pour traverser ça. Calin ?

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  4. Tu m'as mis les larmes aux yeux dis donc...ton article est magnifique...courage! Je te fais de gros bisous rempli de courage et d'optimisme !

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  5. mhhh...je ne sais pas trop quoi te dire. surtout venant de la part d'une fille qui se soigne pour dépression (je précise que je commence à allez mieux) je ne sais pas comment te dire mais je comprend ce que tu ressent. Mais je l'affronte différemment parce que la mort, j'y suis habituée. Je travaille dans une maison de repos, la mort est notre amie si je puis dire, j'ai déjà perdu un grand père , une tantine, mon vieux chat...et j'ai aussi une amie qui s'est suicidée. Elle s'est pendue et je m'en voudrai toute ma vie! pour cette simple question posée quand j'avais 16 ans: "tu te suiciderai comment" J'avais pris ça pour un jeu et naivement répondu "la pendaison car c'est plus propre" Triple idiote que je suis! Je n'avais même pas réfléchi une seconde pour dire ça. Sauf qu'à mes 22 ans j'ai apris qu'elle s'était suicidée...par pendaison. J’évite d'y penser car sinon je sens ce poids sur mes épaules, lourd, si lourd...

    sinon il y a aussi la combinaison "goth" et "dépression" ça fait cliché là.

    Le seul conseil que je peux te donner de de vivre à fond l'instant présent et de ne jamais oublier de dire aux gens qu'on aime...qu'on les aiment, car comme tu dis si bien, demain, il ne seront plus là.

    Je n'aimerai pas apprendre que c'est toi qui a disparu, sincèrement. Et je suis désolée pour la demoiselle décédée dans un accident de la route (ça pend au nez de tout le monde ces horreurs là!)

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    1. Désolée pour ton amie, je pense que tu n'avais jamais raconté cette partie-là de ta vie. Ou alors, pas à moi. Ce doit être vraiment horrible, cette histoire de pendaison é.è

      J'essaie de ne pas oublier de dire aux gens que je les aime, mais souvent, voilà, ça sort pas. pourtant, c'est pas l'envie qui me manque!

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    2. en règle général je ne sort pas cette histoire à n'importe qui. Mes parents ne le savent pas. mais parfois ça fait du bien d'en parler. je sais que j'ai circonstance atténuante mais j'en peux rien, ça me hante.

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  6. Je ne sais pas trop quoi te dire. Je ne sais même pas pourquoi je commente... Tout le monde à ses fardeaux, ses démons, ses fantômes. Les miens ont fait du bruit il y a un peu plus d'un an à présent, ils faisaient trop de bruit, impossible de les ignorer, de vibre avec; résultat: hospitalisation en psychiatrie, je n'aurais jamais cru si on me l'avait dit qu'un jour ça m'arriverait. La mort peut sembler si douce, attirante... Puis la vie reprend son souffle, les démons se taisent, ils chuchotent un peu, parfois.

    Nous avons tous des pulsions de mort, tant que les pulsions de vie les surpassent tout va bien, il faut donc éviter de trop penser à cette mort. Elle fait partie de la vie, il faut l'accepter. Certains vont s'aider de l'ésotérisme pour accepter cela, d'autres de la religion, d'autres de la philosophie...

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    1. Ça va dans les deux sens. Tu ne savais pas quoi me dire, je ne sais quoi te répondre. Juste que tu as raison. Je m'aide de mes croyances en l'ésotérisme, oui, pour m'aider à supporter tout ça, mais c'est le temps entre leur mort et la mienne qui semble parfois beaucoup trop longue. Loin de moi l'idée de tenter de raccourcir ce temps, mais voilà...ça fait soupirer.
      Merci pour ton message, en tout cas!

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  7. Peut-être aimerais-tu que ce soit moins long car ta vie ne te rend pas pleinement heureuse? Enfin, je sais que ça a été le cas pour moi, à présent que j'adore ma vie, que je la vis pleinement, je pense moins à tout cela :)

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    1. Ho, nan, de ce côté-là, pas de soucis, la vie, je lui roule une pelle! J'ai beau avoir des moments de déprime, comme celui-ci, ça remonte toujours à un moment. Non, quand je dis que j'aimerais que ce soit plus court, c'est vraiment vis-à-vis des personnes parties, parce qu'elles me manquent. Bien pour ça que je ne veux pas les rejoindre trop vite.

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