mardi 17 avril 2012

It's the Fear

Et pour aller avec le titre, vous avez...cette chanson.

Comme tout le monde, dans la vie, j'ai des angoisses. Des angoisses concrètes, que tout le monde peut comprendre. J'ai, par exemple, peur des araignées.
Mais comme je l'ai dit dans mon tout premier post, qui n'a pas peur de ces monstres de la nature, ces erreurs de Dieu, ces...ces...choses.
J'ai aussi peur des grandes étendues d'eau. Avant, je pensais que j'étais hydrophobe. Je déteste toujours plonger ma main dans le lavabo une fois qu'il est rempli d'eau, j'ai horreur de laver les vêtements à la main dans la baignoire, chez ma mère, et chaque fois, je me dis que si je voulais reprendre un bain, je pourrais le faire. Mais les souvenirs de la crise de panique que j'ai eue une la dernière fois m'en dissuade. J'éprouve une sainte terreur pour la mer, l'eau salée, les vagues, j'ai peur de retourner à la piscine, j'ai peur de traverser les ponts. Chaque fois, c'est un calvaire. Je regarde le canal qui passe en dessous et je suis prise de vertige, je tremble, je m'éloigne, quitte à manquer de me faire gauler par une voiture parce que je suis trop près de la route. Par contre, j'adore marcher sous la pluie, prendre des douches...l'eau qui ne stagne pas ne me fait pas peur.
Le terme exact pour désigner ma peur s'appelle alors "ablutophobie". Définition selon Wikipedia (oui, je sais, c'est mal, on peut pas faire confiance à Wikipedia):

"L’ablutophobie est la peur irrationnelle de se noyer, que l’individu sache ou non nager.

Les individus souffrant de cette phobie n’ont pas peur de l’eau en tant que telle mais uniquement de la noyade. Elles refusent donc les baignades en mer ou piscine et même, dans les cas les plus extrêmes, les bains."



Je pense donc que ces deux peurs sont les seules qui partagent ma vie, qui me font regarder les quatre coins de ma chambre avant d'éteindre la lumière, tel un chien qui ferait quatre fois le tour de son panier pour vérifier qu'il n'y a aucun danger, qui me font rester sur la plage, à regarder mes cousins se rafraîchir, qui me font hurler dès que je croise une bestiole quelque part dans la maison, qui me font trembler à l'idée de me rendre à la cave, qui me font tressaillir lors des inondations (comme celle de l'été dernier, fin août, où tu avais de l'eau jusqu'aux chevilles lorsque tu marchais dans la rue), qui me faisait hurler sur Mère lorsqu'elle ouvrait la fenêtre de ma chambre pendant mon absence, à grands coups de "Mais t'es complètement tarée? Et s'il y en a une qui est entrée pendant que j'étais pas là, JE FAIS QUOI??".

Mais ça, c'est rien. Mon père n'a pas de baignoire, on ne va plus "à la natation" en cours d'éducation physique, et tant que je cours très vite lorsque je vais chercher une brique de lait à la cave, TOUT VA POUR LE MIEUX!

Alors pourquoi je vous écris tout ça? Parce qu'à côté de ça, il y a encore une peur qui me taraude, et elle, elle est toujours là. Parce que je n'ai pas peur d'un truc concret, palpable, visible, tout ce que vous voulez.
Un soir, je m'en souviens très bien, il y a huit ans, Mère m'a offert mon premier journal intime. Il était dans les tons de bleu, il y avait une tête de cheval gris sur la "couverture", il avait un petit cadenas avec sa petite clef. Clef qui permet d'ouvrir TOUS les journaux de la même "marque". Bad clef.
Je racontais mes journées dedans. Il ne se passait jamais rien, mais je racontais presque tous les soirs. Parfois, je perdais la clef, alors je restais des mois sans écrire. Et quand je les retrouvais, je m'excusais auprès d'Edit.
Edit, c'était mon journal.
Une fois, Soeur a ouvert le cadenas avec une épingle à cheveux. J'avais une fois de plus perdu la clef, et la voir, comme ça, l'ouvrir comme si c'était la chose la plus simple du monde, m'a remplie d'une énorme dose de joie et d'une admiration sans borne pour celle qui, même en ayant le même âge que moi, se montrait déjà bien plus astucieuse.
J'ai jeté le cadenas. Mais il y avait toujours des pauses de plusieurs mois sans écrire. Parce que j'oubliais. Je me rendais compte en réouvrant ce journal que parfois, je l'abandonnais même après avoir écrit "J'ai passé la journée avec les cousins. C'était génial! Je te raconte ça tout à l'heure..."
J'oubliais. Et...plus rien. Deux mois plus tard, tout était flou, j'étais incapable de réécrire à Edit ce que j'avais vécu.
Huit ans plus tard, Edit est devenu six. Il y a ce carnet avec ce cheval, celui avec écrit "100% filles", que j'ai acheté à mes 13 ans, en novembre 2009, avec son questionnaire au début. Celui que j'ai acheté à l'aéroport, en juillet 2010, celui que j'ai pris parce qu'il me faisait penser au premier journal. Même collection, une tête de cheval, le cadenas, la clé. Ceux-ci, je les ai jeté direct. Il y a celui qui fait "ancien". C'est mon "Jonathan Harker". Je suis sûre qu'il avait le même.

Jonathan, frère de journal. Mais je suis prête à parier que j'écris moins bien que toi.

Et il y a celui de maintenant. Il est gros, il prend du temps à se remplir, et comme d'habitude, il a des TROUS. D'énorme blancs qui prennent des semaines pour qu'ensuite j'essaye de rattraper le coup en racontant le plus gros, en le survolant, en oubliant tout, en ne laissant aucun dialogue.

Il y a plusieurs mois, j'ai relu le 3ème journal. J'y ai trouvé plusieurs dialogues entre moi, Panda et Mercutio. J'avais complètement oublié. Sans ce journal, jamais je n'aurais pu me rappeler de tout ça.
Ça m'a fait bizarre, j'ai reconnu une complicité entre Mercutio et moi qui n'existait plus.
Et si je n'avais pas eu de journal, jamais je ne me serais posé les bonnes questions, jamais je ne me serais de nouveau rapprochée de lui, et il serait complètement impossible que nous soyons là où nous en sommes maintenant: amoureux. [EDIT: Oui, bon, soit...]

De là, prise de conscience. Combien d'évènements, combien de souvenirs avais-je manqué d'écrire? Combien de choses avais-je oublié depuis? Combien y en aura-t-il?

C'est cette peur qui me pousse parfois à ressaisir mon journal, à m'excuser, à le supplier de me pardonner, à tenter de retranscrire le plus de détails possibles. Les grandes lignes ne servent à rien. Ce sont les petites choses idiotes qui te font te dire "oh mais oui, c'est vrai, je me souviens!"
C'est précieux, les souvenirs. Ça permet de voir à quel point la vie est remplie.
C'est cette peur qui me fait écrire, c'est cette peur qui force à réfléchir et à me rappeler.

J'ai peur d'oublier.

8 commentaires:

  1. Comme je te comprends... On se dit qu'on oubliera jamais, que c'est trop marquant,... Et puis l'atroce vérité apparaît. Ce n'est plus qu'une vague impression, parfois moins même. Et on a beau noter, on finit la plupart du temps par ne plus consigner systématiquement tout ce qui paraît important à nos yeux.
    Par contre, tout autre chose, merci :)
    Je cherchais quelle musique passer pour écrire ma nouvelle, et finalement, Within Temptation, c'est le choix idéal, c'est la même atmosphère, et les paroles ne sont pas trop envahissantes :) Donc merci.
    Et merci pour tes textes, que j'ai toujours pris plaisir à lire, sans toutefois m'arrêter pour le dire. J'aime la justesse de tes mots.

    Porte toi bien.

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  2. D'où la nécessité de garder les détails. Ils apportent souvent des "flash" d'une précision affolante.
    Je trouve l'atmosphère de cette chanson assez passe-partout, en fait. Elle me revenait souvent en tête pour toute sorte de situation (alors que je ne l'écoutais plus depuis longtemps). Du coup, pour le titre, je l'ai ressortie.
    Je ne sais même pas de quoi parlent les paroles, en fait ._. Je vais voir.
    Oké, RIEN A VOIR! C'pas grave, on va dire qu'on a rien vu.

    Merci beaucoup pour mes textes, ça me touche beaucoup, ce que tu me dis n_n (e suis facilement touchée mais SOIT)

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  3. Ça ma grande, on l'a tous, cette peur d'oublier et moi, je l'ai en pire: celle non pas d'oublier les évènement mais de s'oublier soit! Moi j'ai peur d'avoir cette maladie de l'oubli: Alzheimer. Cette maladie qui te fait oublier le quotidien au fur et à mesure, oublier qui tu es, tout tes souvenir, tes proches, leur nom, leur visage... Je trouve cela douloureux pour les familles, long, fatiguant, éreintants.
    et je sais en plus que celle que j'aime par dessus tout, ma maman adorée qui a tant survécu, par son opération du cerveaux , elle peut l'avoir et elle commence les 1er signes: elle oublie le quotidien mais se souvient de mieux en mieux du passé. Elle aura 52 ans cette année . Ca me fait peur. Je ne veux pas oublier mes proches, ce qu'il ont fait pour moi, le visage, les noms... Mais ca pend au nez de tout le monde.

    Sinon j'ai aussi la phobie des araignées, (comment peut faire un truc aussi utile aussi moche?) et j'ai le vertige.

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    1. Oh oui, dis, je n'avais pas du tout pensé à l'Alzheimer. Ce doit être une chose horrible! Il faudrait, alors, tout noter en permanence O_O

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  4. les résidents essayent, jusqu'à ce qu'ils oublient qu'on peut écrire ou même comment on écrit...
    Le dernier stade c'est dans un lit et ça me rend toujours un peu triste.

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    1. Ah shit... é.è C'est vraiment, vraiment quelque chose d'horrible, alors...

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  5. ils le savent pas eux même, c'est pour les proches. Mais t'as des sourires des moments de tendresses aussi. il faut vraiment vivre la seconde présente. Malgré la maladie, ils restent des personnes jusqu'au bout. Alzheimer c'est l'oubli de soi (wah c'est joliment dit, j'mépate toute seule)

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