vendredi 13 avril 2012

Et Biquette est devenu Mercutio. J'ai 16 ans et je ne sais pas ce que je veux.

Mercutio, vous voyez, c'est le personnage de fiction que j'ai toujours voulu avoir comme copain. Dans toutes ses interprétations, que ce soit dans Roméo + Juliet, dans la comédie musicale de 2001 (je sais, c'est pas honorable), tout simplement dans le livre, voire dans la comédie musicale version 2009 (encore moins honorable), je trouvais que ce type avait un charisme de gros taré. Et parfois, je me disais "si un jour...il m'arrive d'avoir quelqu'un dans ma petite vie, promis, sur Vaste Blague, ce sera Mercutio"
Pardon, mais c'était obligé.
Bon, maintenant, j'arrive pas à détacher mon regard. Bien fait pour ma gueule.


Je commence à écrire tout en me rappelant que de tous mes amis, je ne vous ai présenté que Biquette. Je pourrais très bien vous parler de Panda, de Winchester, de Petit Rocher, mais trop de surnoms en une fois, ce sera trop pour vous et pour moi. Alors viendra leur tour quand j'aurai décidé de parler d'eux.
Quand j'aurai envie d'écrire sur eux.

Et ça tombe bien, en fait, que je ne vous aie parlé que de Biquette, parce que c'est de lui que je veux parler aujourd'hui.
Qu'avais-je dis, encore?
Que c'était un bon ami, c'est ça? Que j'avais pas envie de partir en voyage s'il n'était pas là? Je pense que c'était ça. Ça me fait vraiment drôle de repenser à ce fameux article, au moment où je l'écrivais. Je pensais que j'allais détester ce voyage, et je pensais surtout que j'allais supporter son absence, à Biquette.
Puis...je suis montée dans le car. J'arrêtais pas de calculer l'heure de départ et les heures de cours, histoire de voir si j'avais une chance de croiser son regard s'il sortait du "lycée" alors que nous étions là, dans ce car. Il y avait une demi-heure entre ce moment où nous attendions et chaque heure de sortie. Inexistantes étaient donc mes chances de le voir une dernière fois.
Bof, quatre jours, ça passait vite. Rien à foutre, en fait, qu'il ne soit pas là. Fingers in the noise.

Nous sommes donc partis, et j'ai arrêté de penser à lui. Comme d'habitude, en soi.
Quelques heures plus tard, je sentais que quelque chose clochait. Qu'il manquait un truc. J'étais avec tout le monde, dans ce car. Petit Rocher était à mes côtés, Winchester se tenait derrière moi, et Panda était deux sièges plus loin. Et on papotait. Et il n'y avait pas Biquette.
"Dites...les gars....ça vous ennuie pas, vous que Biquette vienne pas? [inutile de préciser que non, dans la vraie vie, on ne l'appelle pas Biquette entre nous]
-Beh...non...
-Mais attends, Winchester, vous êtes super potes, nan?" [Je me retenais de dire le terme "meilleur ami". Sur le coup, cela me semblait trop "sistah bestah" pour être crédible]
-Bah ouais, mais je m'en fous, qu'il soit pas là. Je profite, c'est tout."
Alors oui, peut-être bien qu'il avait raison. Peut-être bien qu'on en avait rien à foutre, de Biquette. Peut-être bien qu'on allait le revoir le lundi suivant. Peut-être bien que oui, il allait pas nous manquer.
Mais moi, ça m'est resté.
Et j'y ai pensé.
Pendant...pendant combien de temps? Il durait combien de temps, justement, le trajet? 17 heures?
Bon bah voilà, on va dire 17 heures, alors.
Et ça me stressait, d'y penser autant. Parce que ça faisait environ un mois que Biquette, je pensais de plus en plus souvent à lui. Et j'avais des doutes. Des fucking doutes d'adolescente hormonalement dérangée.
You know what I mean.
Sauf que Biquette, c'était pas le plus beau et loin de là. Même si j'étais la première à dire que je le trouvais "séduisant" (ce n'est pas le bon terme, mais je n'en trouve pas d'autre. C'est bête.), je savais que du point de vue des autres, ça n'allait pas le faire. Puis-je souligner les "il me dégoûte!" que ma soeur scandait à chaque repas de famille où j'avais le malheur de le mentionner?
Bref, tomber amoureuse de Biquette, c'était la dernière chose que je souhaitais. Alors je pensais à l'Absent (zoup, protagoniste supplémentaire!). Et comme j'étais très, très, très amoureuse de l'Absent, ben ça passait.
Drôle de méthode, j'en conçois.
Sauf que ce jour-là, dans le car, quand j'ai pensé à l'Absent, je n'ai rien ressenti. Rien. Du tout.
Pas de sentiment, nada, niente, wala (ça, ça veut dire "rien" dans la langue de Panda. Panda, il est philippin. Et il déchire).
Je pense que jamais je ne me suis autant auto-insultée de ma vie. Genre "Mais bordel de bougre de conne qu'est-ce qui te prend espèce d'andouille de mes deux?"
J'ai jamais été autant de personnes dans ma tête. Ça se battait en duel, ça faisait des manches, des demi-finales, des revanches, pour à la fin en venir à une conclusion: "T'as un rhume de cerveau, tu vas dormir et demain, tu seras redevenue intelligente".
Encore maintenant, quand je vous écris tout ça, je me trouve assez tordue, dans mon genre. Si on ne "voulait pas" tomber amoureuse d'une personne, c'était qu'on ne l'aimait pas, non? N'était-ce pas aussi simple?
A première vue, ce jour-là, ça n'a pas suffit à me convaincre.
Le vendredi soir, deuxième jour passé en Pologne, attablée à une terrasse avec Winchester et Conseillère, je leur parle de ce problème. De mes doutes. Du fait que pour moi, Biquette, c'est plus qu'un ami. Mais que je ne pense pas l'aimer.
Alors oui, dans le groupe, j'ai l'habitude de parler de mes sentiments, de mes doutes, de ma vie sans aucun tabou. Il n'en est pas de même des autres, mais ils y sont tous habitués, et finalement, ça ne pose problème à personne.
Pour Winchester, y a pas de doute. Il n'y a pas de "entre-deux". Je l'aime ou je l'aime pas. A m'entendre, je ne suis pas sûre de l'aimer, mais en même temps, je suis sûre de le voir comme plus qu'un ami. A moi d'en tirer des conclusions.
Radical.
"Maiiiis, ma cocotte, quoi que tu décides, ne lui dis rien, pour l'amour de dieu ne lui dis rien. Tu t'es pris assez de râteau dans ta vie [moi petite joueuse] et je sais déjà, par avance, que Biquette, les filles, c'est pas son truc.
-Pardon?
-L'AMOUR, c'est pas son truc! T'enflammes pas, yaoi-girl! Et de toute façon, ma petiote, regarde-toi...t'as les cheveux roses, t'as un look qui pique les yeux, t'es certainement pas son genre."
Ok. D'accord.
J'y ai encore songé à grands coups de doutes durant le reste de la soirée. Quand Conseillère et moi sommes retournées dans notre chambre, elle m'a demandé ce que j'avais finit par conclure.
Mais moi, j'étais nulle part!
Alors j'ai fini par dire, la mine confiante du genre "je ne doute jamais de moi, gente dame" que je verrais demain. Que la nuit porte conseil et qu'une fois la tête dans le cul le matin suivant, sans doute aurais-je les idées plus claire que cette soirée-là (hinhin hinhin).
En effet, le lendemain, tous mes doutes me semblaient dissipés. L'idée de "sortir avec Biquette" me semblait farfelue. Bref, j'étais contente d'avoir trouvé une sorte d'issue à ce problème.
Vous allez rire.
Ça a duré cinq minutes.
De nouveau, les doutes. Encore plus énormes. Si la nuit m'avait porté conseil, POURQUOI étaient-ils encore là? Durant toute la journée, alors que nous visitions Cracovie, je pensais à lui, à ces doutes qui ne voulaient pas foutre le camp, et à chaque pause, je lui envoyais un sms pour lui dire qu'on allait bien et qu'il avait un bisou de tout le monde. Je vous jure, j'ai demandé leur avis aux autres pour savoir si je pouvais bien donner le copyright aux bisous, et à leurs noms. Et il répondait qu'ils avaient tous droit à un câlin de sa part.
Et moi j'étais contente parce que du coup, moi aussi j'avais droit à un câlin en bluetooth.
Et plus les heures passaient, plus les doutes commençaient à se dissiper. Très lentement.
Je voyais de plus en plus l'idée de ressentir quelque chose pour lui comme une idée tout à fait censée, tout à fait honorable, tout à fait envisageable.
Le soir, nous nous sommes envoyés quelques sms, normal, à taper la discut', comme je me plaisais à le dire. Et à chaque fois que je recevais une réponse, mon coeur s'emballait à une vitesse que je ne lui soupçonnais pas. Mes doigts tremblaient lorsque j'écrivais une réponse, ce qui m'agaçait comme pas possible, et à la fin, j'ai craqué.
Je suis sortie, j'ai composé son numéro (non, c'est pas vrai. J'ai juste appuyé sur son nom et l'appel s'est lancé direct. Les téléphones portables, ça envoie plus autant de rêve qu'avant), j'ai attendu qu'il décroche et je lui ai dit. Je lui ai dit "Je crois que je suis amoureuse de toi."
Comme ça. Y avait une intro, avant, hein. Je m'amuse pas à appeler et à lâcher la bombe cinq secondes après le "Allo?" de la pauvre victime, merci bien. Tête brûlée, mais tête brûlée éloquente. Quand même.
Par contre, le petit diable prostré sur mon épaule droite s'est fait un malin plaisir de me hurler dans l'oreille "Tu CROIS! Mais LOL, QUOI!"
Biquette a juste dit "Je m'en doutais..." avant qu'il n'y ait un énorme silence. Un silence qui m'a bien suffit à me souvenir du petit discours que Winchester m'avait dit la veille. A me souvenir de Tybalt (c'est la soirée des personnages supplémentaires, ce soir! C'est top!), qui, sans l'apprécier beaucoup, s'était fait un malin plaisir de souligner, la semaine précédente, que Biquette, après tout, n'était qu'un être aigri, taciturne, introverti et incapable de ressentir le moindre sentiment, et encore moins le moindre amour pour quelqu'un.
Gros doutes en ma personne.
Ça faisait longtemps, tiens.
Après un énorme soupir, il m'a demandé s'il pouvait réfléchir quelques minutes. Il a raccroché.
J'ai rejoint Petit Rocher, qui m'attendait à quelques pas, la mine interrogative. Elle est brave, Petit Rocher.
Dans ma tête, j'avais tout foutu en l'air. J'avais explosé littéralement l'amitié, l'espèce de lien que j'avais avec lui. Du coup, me connaissant, j'ai fondu en larmes dans les bras de Petit Rocher la Brave, qui ne comprenait rien à ce qu'il se passait. J'arrêtais pas de m'excuser (m'excuser de quoi, au juste?), de dire que j'étais qu'une conne. Elle m'a demandé ce qu'il m'avait dit. J'ai dit que justement, il ne m'avait strictement rien dit (nada niente, WALA, remember), qu'il avait besoin de temps pour réfléchir.
Réfléchir à quoi?
A la façon de m'annoncer que désolée, Nanaïs, ça n'allait pas être possible, pardi!
J'ai pensé à ce que j'avais fait, à la façon dont ça avait évolué, à ce qu'il allait se passer. J'avais l'impression d'être en plein chaos, je ne comprenais strictement rien à ce qu'il m'arrivait, en fait. Je me sentais vraiment comme dans un rêve.
J'allais rentrer, on allait arrête de se parler, de rigoler ensemble, de se jeter des regards de "YOU, you KNOW what I mean!". On allait même plus oser se regarder, en fait.
Au moins, l'espace de quelques secondes, le temps de deux tonalités d'appel, j'y avais cru.
Puis, j'ai reçu un sms.
Il commençait par "Je me déteste".
Se détester? Mais pourquoi? Pour ne pas m'aimer, pardi, pour m'envoyer en pleine gueule une déception pareille! Bien sûr! C'était ça! Lolilol quelle situation enivrante!
J'ai ouvert le message, c'était une énorme brique. Une énorme brique qui ne faisait qu'une page sms, par contre. Mais de 149 caractères sur une limite de 150. Bien joué, garçon.
Je l'ai lu. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans ma tête, quel raté mon cerveau a eu, mais je suis passé d'un tel contraste d'émotion que j'ai arrêté de respirer, que je me suis mise à pleurer sans pouvoir m'arrêter, que j'ai du me planquer sur le côté en attendant la mort tellement je ne comprenais toujours rien à ce qu'il m'arrivait. J'étais larguée de A à Z.
Et Biquette est devenu Mercutio.

7 commentaires:

  1. Waww un de ces retournements de situation, c'est plein d'émotions!!

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  2. Putain, ça c't'une belle histoire. J'te souhaite sincèrement que tout continue comme ça, moins les doutes et les crises de larmes. ;)

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  3. T'écris bien je trouve, c'est sympa à lire, et je suis toute émotionnée. C'est chouette que ça se soit passé comme ça, mis à part le doute et les larmes. Votre histoire est choute.
    J'espère que ça continuera bien pour votre couple de biquets! :D

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  4. J'ai relu ton article trois fois depuis ce matin, et je suis encore en manque de mots pour le commenter.
    Je peux donc lâcher l'affaire et te dire tout simplement que c'est Beau avec un grand B, ou développer davantage, en tout cas ça reviendra au même.
    J'ai un faible pour les histoires qui commencent de façon "un peu spéciale", et quelque part en ce qui te concerne je n'imaginais pas autre chose que du spécial, justement... Après, Biquette, ou Mercutio, il a juste intérêt à garder ce spécial entre vous, et à ne pas trop finir comme dans la pièce/le film, si possible. Même si Mercutio (enfin, Harold Perrineau in the film) joue le drame de façon inégalable, mais bon, z'êtes pas obligés de finir dans le drama non plus, HEIN ;)

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  5. Hé mais en fait c'est trop mignon votre histoire avec Biquette (je préfère à Mercutio). C'est juste un peu mieux que comme dans les films quoi... J'te jalouse, tiens, pinaise.

    (pis sinon tu as eu du cran de lui faire part de tes sentiments le lendemain même de ta prise de conscience... moi j'ai aimé quelqu'un 5 ans sans jamais lui dire et aujourd'hui encore j'me fous des grosses gifles, bref, bravo !)

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    1. Ah oui, 5 ans, quand même o_O
      Mercutio a attendu 2 ans et demi, de son côté, et je trouvais déjà ça beaucoup.

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  6. Trop beau je vais pleurer :c
    Twig'

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